Des César au 49.3 – la revue de presse de David Abiker

L’utilisation du 49.3 par le gouvernement pour faire passer la Réforme des retraites a marqué les éditorialistes. On retrouve le terme dans tous vos journaux, y compris à la sauce des César avec la tribune de Virginie Despentes dans Libération

Virginie Despentes lie le César de Polanski au 49.3 utilisé par le gouvernement

Libération consacre 5 pages d’articles et tribunes indignées après l’attribution du César de la meilleure réalisation au film J’accuse de Polanski. On retiendra donc la colère désenchantée de la romancière Virginie Despentes qui s’en prend à ce qu’elle appelle les puissants, elle les met tous dans le même sac, et réussit ce tour de force littéraire de lier la récompense de Polanski et l’utilisation du 49.3 par le gouvernement.

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Son texte est une sorte de J’accuse mais un J’accuse qui vise les patriarches du cinéma auxquels la romancière reproche de n’avoir pas rendu justice à l’actrice Adèle Haenel, un J’accuse trash, un J’accuse à retardement qui démarre comme ceci : « Soyez rassurés les puissants, les boss, les chefs, les gros bonnets : ça fait mal. On a beau le savoir, on a beau vous connaître, on a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers de la gueule, ça fait toujours aussi mal. Tout ce week-end à vous écouter geindre et chialer, vous plaindre de ce qu’on vous oblige à passer vos lois à coup de 49.3 et qu’on ne vous laisse pas célébrer Polanski tranquilles et que ça vous gâche la fête… mais derrière vos jérémiades ne vous en faites pas : on vous entend jouir de ce que vous êtes les vrais patrons ». Et l’auteure de Vernon Subutex poursuit : « Il n’y a rien de surprenant à ce que l’académie des César élise Roman Polanski meilleur réalisateur de l’année 2020. C’est grotesque, c’est ignoble et c’est insultant mais ce n’est pas surprenant. Quand tu confies un budget de 25 millions à un mec pour un téléfilm, le message est dans le budget. Si la lutte contre la montée de l’antisémitisme intéressait le cinéma français ça se verrait ».

 

César 2020 : Florence Foresti n’a pas prononcé le nom de Roman Polanski

Et l’auteure de sous-entendre que c’est toute l’industrie du cinéma complice qui a mis la main à la poche pour financer un film qui permet à Polanski d’établir un parallèle entre sa situation et celle de Dreyfus. Vous lirez ça dans Libération, ça s’appelle « César désormais on se lève et on se barre ». Mais la polémique n’est pas éteinte loin de là puisqu’elle se poursuit sur les réseaux sociaux. Ils sont quelques-uns à n’avoir pas supporté l’humour tout en sous-entendus de Florence Foresti, maîtresse de cérémonie qui n’a pas prononcé le nom de Roman Polanski. Un cinéaste également privé de son nom par Jean-Pierre Daroussin qui ne le prononcera pas au moment d’annoncer le César de la meilleure réalisation.

 

Voilà qui n’a pas échappé au critique de cinéma du Monde Samuel Blumenfeld qui écrit ceci sur son compte Facebook : « Que s’est-il passé pour qu’en 2020 un survivant du ghetto de Cracovie se trouve désigné par Atchoum l’un des nains de Blanche-Neige devant une salle hilare ? Comment une salle peut-elle rester souriante lorsque le nom d’un individu dont les parents ont été déportés à Auschwitz et Mauthausen n’a plus le droit d’être prononcé, juste déformé. De quelles autres sauvageries augure cette soirée des César ? ».

 

Jean Dujardin espère avoir fait « plus de bien que de mal » avec J’accuse

Sur le site animé par Bernard Henri Levy, Géraldine Ketz est sur la même longueur d’onde qui affirme que nous n’avons plus besoin de tribunaux puisque nous avons la cérémonie des César. Et la polémique s’est poursuivie sur Instagram. Ici Bernard-Henri Lévy s’étonne que les blagues des César ne visent que les DSK, Bruel, Polanski, Wenstein et cette énumération sous-entend des hommes au nom à la consonance juive. Et là c’est Carla Bruni qui s’en mêle, estimant qu’il a parfaitement raison.

 

Réécoutez l’intégralité de la Revue de presse de David Abiker

 

Et c’est sur Instagram que Jean Dujardin qui tient le premier rôle dans le J’accuse de Polanski publiera deux messages qu’il supprimera ensuite. Le premier disait ceci « Je voudrais simplement rappeler que J’accuse est le titre d’un article assez célèbre d’Emile Zola, j’espère que cela ne gêne personne ». Le second, une vidéo postée au lendemain des César, un petit film tourné dans un aéroport, Dujardin est masqué et ce message ambigu : « je me casse, ça pue dans ce pays ». Deux messages supprimés et remplacés par celui-ci depuis : « Je le redis, écrit Dujardin sur Instagram, en faisant ce film, j’ai cru et je l’espère encore avoir fait plus de bien que de mal ».
En fait, cette cérémonie des César contaminée par la polémique, par la colère, par un humour parfois maladroit, par le réveil des vieilles peurs identitaires, par le spectre de l’antisémitisme, par la parole de celles et ceux qui ne l’ont jamais, cette cérémonie donc, est à l’image du pays qui se divise désormais sur l’usage du 49.3. Les César n’auront été finalement que la poursuite de la guerre française par d’autres moyens.

 

David Abiker

 

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