Décès de Marie-Claire Alain

En quelques semaines, l’univers de la musique a perdu plusieurs figures majeures. Avec elles s’estompe encore un peu plus toute une époque, le temps où l’on prenait le temps, où les interprètes s’effaçaient devant la musique.

Marie-Claire Alain s’est éteinte le 26 février dernier à quatre-vingt-six ans. Elle fut la plus célèbre organiste de son temps, avec plus de quatre millions de disques vendus et plus de 2 500 récitals donnés dans le monde entier. Outre son duo emblématique avec Maurice André, on retiendra ses intégrales discographiques consacrées à Couperin, Grigny, Pachelbel, Haendel…, sans oublier deux intégrales César Franck et trois de l’œuvre de son frère Jehan Alain (1911-1940), qu’elle défendit et aima avec ardeur tout au long de soixante années de carrière. Quant à ses trois enregistrements monumentaux de l’œuvre complète de Bach, ils traduisent mieux que de longues exégèses son exigence musicale et sa quête d’authenticité à travers la redécouverte d’instruments d’époque et la recherche incessante d’une certaine pureté stylistique ; le tout alimenté par une culture musicale exceptionnelle et un toucher remarquablement clair et délicat.
Ces qualités, mises au service d’une pédagogie généreuse et humaniste, attireront vers son enseignement des élèves venus du monde entier. Parmi tant d’autres, qui me pardon­neront de ne pas les citer ici faute de place : Ludger Lohmann, Daniel Roth, Thomas Trotter, Olivier Vernet, Vincent Warnier, Gillian Weir… Je fais moi-même partie des privilégiés qui ont bénéficié de l’enseignement de Marie-Claire Alain. Chaque minute de ses leçons était une formidable source d’inspiration. Pour elle, il n’y avait de musique que dans la joie et l’enthousiasme. Surtout, elle ne tombait jamais dans le pédagogisme, et ses connaissances et ses réflexions ne lui faisaient pas oublier l’essentiel : " Laisse chanter la musique ! "