Covid-19 : La mise en examen d’Agnès Buzyn met-elle en péril l’action de l’état ?

Amélie Tsaag Valren/wikimedia commons

L’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn est mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui » au sujet de sa gestion de la crise sanitaire du Covid-19. L’action de l’état est-elle mise en péril ? C’est la question soulevée ce matin par l’ancien magistrat Jean-Éric Schoettl dans le Figaro.

La mise en examen d’Agnès Buzyn devant une cour pénale n’est pas la bonne réponse, selon Jean-Éric Schoettl

Il faut lire cette tribune car elle est courageuse, puisqu’elle tend à relativiser la responsabilité d’Agnès Buzyn. Que dit ce magistrat ? Les dysfonctionnements relatifs à la crise sanitaire ne sont pas tolérables, mais ils résultent de défaillances anciennes et entremêlées, ils ont des causes dont personne n’a eu vraiment la maîtrise et relèvent d’autres types de responsabilité que la responsabilité pénale. En clair, la mise en examen d’Agnès Buzyn devant une cour pénale n’est pas la bonne réponse.

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Mais Jean-Éric Schoettl est également sévère à l’endroit de ceux qui veulent traduire les politiques en justice pour mauvaise gestion du covid. Il met dans le même sac, ceux qui manifestent et multiplient les recours contre la fameuse dictature sanitaire et ceux qui engagent des recours pour mauvaise gestion de la pandémie, car ce sont parfois les mêmes ! Et il assimile ce phénomène de pénalisation de la vie publique à une traque moyenâgeuse du bouc émissaire, et il ajoute « est-ce le rôle du juge de devenir la courroie de transmission de passions archaïques ? ».

 

Covid : Les soignants réfractaires ont jusqu’à mercredi 15 septembre pour se faire vacciner

On peut lire une autre analyse dans La Croix, signée Jérôme Chapuis. Pour l’éditorialiste, la question n’est pas de savoir si nos gouvernants doivent ou non répondre de leur gestion de l’épidémie, mais plutôt devant qui. La Cour de justice de la République devant laquelle est traduite Agnès Buzyn ne fait que suivre la pente de la judiciarisation de nos rapports sociaux. L’extension du domaine du juge est la conséquence de l’affaissement du parlement. Dans les grandes démocraties, c’est le parlement qui contrôle, et le cas échéant sanctionne l’exécutif. La justice s’engouffre dans la brèche.

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Et pendant qu’Agnès Buzyn doit répondre de sa gestion, les soignants et les personnels d’Ehpad non vaccinés ont -passez-moi l’expression- jusqu’à mercredi pour contaminer les personnes dont ils ont la charge. Qu’il y ait des Français qui veuillent passer leur ancienne ministre de la Santé en justice pour mauvaise gestion de l’épidémie pourquoi pas, mais dans ce cas, on voudrait les voir s’inquiéter autant de la non-vaccination d’une minorité de professionnels dans les hôpitaux et les Ehpad… Alors mercredi ce sera le vaccin ou la sanction pour ces réfractaires, titre le Républicain Lorrain. Le vaccin agite l’hôpital titre également Le Populaire du centre et je vous avoue qu’au pays de Pasteur les bras vous en tombent lorsque vous lisez en une du Midi Libre ce gros titre « ces soignants qui disent non au vaccin » avec en photo cette banderole délirante « soignants en colère, ni cobayes ni esclaves, respectez-nous, entendez-nous ». Consternation également de lire le témoignage de cette médecin généraliste dans le Midi Libre qui confesse une boule au ventre à l’idée de se faire vacciner. Pendant ce temps-là Agnès Buzyn, je vous le rappelle, est mise en examen pour mise en danger de la vie d’autrui.

David Abiker

 

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