COUP DE JEUNE POUR PAPA HAYDN

Le deuxième volume de l'intégrale en cours des symphonies de Haydn par Giovanni Antonini et Il Giardino Armonico promet de grands moments.

Il reste certes du chemin à parcourir d’ici 2032 où cette intégrale des symphonies de Haydn devrait parvenir à son terme, mais ce deuxième volume augure à certains signes qu’elle nous réservera encore de grands moments. Comment les qualifier ? Simplement quand l’option choisie répond à l’attente qu’elle propose d’elle-même. Il ne s’agit donc pas d’oublier les réussites d’un Salonen (remarquable n° 22) ou d’un Dorati dans ces oeuvres, mais avouons que Giovanni Antonini prend ici une longueur d’avance sur ses collègues baroqueux en dépit des versions très estimables de Pinnock (Archiv), Well (Sony) ou Harnoncourt (Warner).
Saluons l’intelligence du programme qui écarte la chronologie pour un thématisme intelligent jetant les ponts avec la philosophie des Lumières et avec des oeuvres contemporaines, en l’occurrence une symphonie de Wilhelm Friedemann à laquelle Antonini imprime une fantaisie et un humour corrosif. Plus à son aise que dans " La Passione " (cf. Classica n° 167 p. 95), le chef excelle à souligner la luminosité de l’orchestration à travers les nombreux jeux de timbres dont Haydn est si prodigue. On est frappé par sa direction affûtée qui ne bride jamais la poésie des bois, la variété des phrasés et du nuancier (quand trop de versions " baroques " alternent entre pp et ff ). Les cors, surtout, pétillent d’une allégresse inédite en s’émancipant totalement du rôle de liant entre les pupitres de cordes et de bois. Le choral nocturne qui ouvre la Symphonie n° 22 " Le Philosophe " n’a plus rien d’une marche funèbre. Et quel Finale !
Une interprétation tout sauf confortable de ces symphonies, mais d’une jubilation contagieuse, le tout servi par une prise de son superlative.