Costa Gavras, étrangement prophétique

L’émission avec Costa Gavras ayant été enregistrée avant le « coup de tonnerre » de l’affaire DSK, la manière dont le réalisateur d’origine grecque (sic) parle de la différence qui existe entre « ce qu’on croit et ce qui est » prend un sens étonnamment prémonitoire. Autant en parler puisque cela nous obsède tous.
Il ne s’agit pas d’évoquer le fond de l’affaire puisque, ainsi que l’a justement dit Martine Aubry « tout ce qui est dit est inutile puisqu’on ne sait pas ce qui s’est passé ».
Les commentaires sur cette affaire sont bien étranges. Ceux qui évoquent les frasques sexuelles du directeur du FMI ont l’air de dire de manière assez odieuse : « Il n’y a pas de fumée sans feu » ou « Qui a bu boira », etc. Or on ne sait pas ce qui s’est passé dans cette chambre, pour l’instant. Ceux qui disent : « Je connais Dominique depuis longtemps, il est incapable de violence » font penser à ces témoignages de voisins incrédules et sidérés après qu’un père de famille est accusé d’avoir tué toute sa famille. « Il était si gentil, jamais on n’aurait pu imaginer… »
Pleurer publiquement sur le malheur d’un homme est indigne si ce qui lui est reproché est vrai. Et l’accuser avant qu’il ne soit jugé est tout aussi indigne puisque cela bafoue l’esprit sacré de la présomption d’innocence.
Pour moi, cela rappelle l’affaire Cantat. Je m’étonne que personne n’ait fait le rapprochement. Il y avait ceux qui disaient qu’il était violent et que ça devait finir comme ça, et, de l’autre, ceux qui ne pouvaient pas y croire. Sans entrer dans le détail de l’histoire, c’est l’affaire des juges ou des jurés, on ne peut s’empêcher d’être frappé par la différence entre la justice américaine et la justice française, les médias américains et les médias français.
Beaucoup, ici, ont été choqués par les images d’un DSK mal rasé, épuisé, le regard fermé. On n’a pas l’habitude de voir cela chez nous où les caméras n’entrent pas dans le prétoire. Pourtant, on a pu voir la vérité d’un homme, juger par soi-même, sans se contenter d’un commentaire journalistique. Ces images sont traumatisantes, mais elles sont implacables.
Le système américain nous paraît brutal. Il l’est. Mais en même temps, quelle rapidité dans l’enquête, et quelle rigueur : pas de quartier VIP, tout le monde à la même enseigne. Et ce juge qui n’instruit pas à charge, là-bas, mais qui joue le rôle d’arbitre entre la Défense et l’Accusation. Evidemment, il y a la caricature du système américain, les tabloïds, le puritanisme, l’addition hallucinante des peines, etc. Mais la chose s’est passée chez eux : ils sont les maîtres du jeu. Leur système n’est pas meilleur ou pire que le nôtre, il est différent, car leur histoire est différente. Certes, nous n’avons pas de leçon de démocratie à recevoir d’un pays qui condamne la fellation et met les armes en vente libre, mais la différence de morale entre nos deux pays nous pousse à réfléchir sur l’hypocrisie de nos mœurs, tout autant que sur les leurs.
On a beaucoup parlé, ces derniers temps, du pouvoir des hommes politiques. Je retiens une réplique du Président, le film d’Henri Verneuil (dialogues d’Audiard) : lorsqu’un ami d’enfance lui demande d’intervenir en sa faveur en lui disant « Mais tu peux tout ! » Jean Gabin répond : « C’est précisément pour cela que je ne peux pas tout me permettre. »
Voici le programme de Costa Gavras :

Mikis Theodorakis : Z
5 musiques classiques :

– Brahms : dans hongroise n°1 pour violon et piano
– Handel : Water Music allegro
– Vivaldi : concerto pour violon, mandoline et violoncelle RV 558
– Verdi Forza del destino : ouverture
– Brahms trio n°3 Op 8 Allegro Molto
– Granados : le Goyescas par Karajan Intermezzo

3 Madeleines :

– Les Platters « Only you »
– Chanson Kiss Me Kate « embrasse moi chérie » de Cole Porter
– Une musique grecque

La vie :
« Paris s’éveille » de Jacques Dutronc Paris

L’Amour :
Beethoven : sonate pour violon et piano n°5 1er mouvement
La mort :
Malher : symphonie n°1 en RE M 3ème mouvement