Coronavirus : Quand les médecins refusaient de se laver les mains – La Revue de presse de David Abiker

Alors que les pratiques d’hygiène et de désinfection occupent tous les esprits, en ces temps d’épidémie de coronavirus, David Abiker vous raconte l’histoire de l’obstétricien hongrois Ignace Philippe Semmelweis, qui réclamait que les médecins se lavent les mains avant de pratiquer l’accouchement. Une pratique, loin d’être un réflexe au 19e siècle.

 

Incapable de prouver sa théorie, Semmelweis sera chassé deux fois de son hôpital

Un jour de l’année 1846, le médecin Hongrois Ignace Philippe Semmelweis a une illumination. Il faut se laver les mains après avoir disséqué des cadavres, surtout quand on va ensuite accoucher des femmes. A l’hospice général de Vienne, Semmelweis suggère donc aux étudiants en médecine de se nettoyer les mains avant d’entrer en salle d’accouchement pour lutter contre l’introduction de microbes. « L’identité de ce mal, écrit-il dans son journal, dont mourrait les accouchés s’imposa si brusquement à mon esprit, avec une clarté si éblouissante, que je cessais de chercher ailleurs ». Il a l’intuition mais pas la preuve scientifique, alors on ne le croit pas. Deux fois pour avoir avancé cette hypothèse, il sera chassé de l’hôpital et il mourra en 1865 sans avoir pu établir la théorie des infections microbiennes dont il avait eu l’intuition.

 

 

Comment a-t-il eu cette intuition ? En s’apercevant que les femmes qui accouchaient chez elle mourraient moins qu’à l’hôpital, quand elles étaient assistées par des étudiants ne se lavant pas les mains. Il ira même jusqu’à permuter des équipes pour vérifier sa théorie. Il constatera que lorsque des sages femmes pratiquent l’accouchement, la mortalité par fièvre puerpérale est moindre.

 

L’université Panthéon-Sorbonne aux mains « d’ayatollahs de la bien-pensance »

Le malheur de l’obstétricien hongrois aura été de toucher les microbes sans les voir, écrira plus tard un jeune médecin dans sa thèse de doctorat consacrée à Semmelweis, soutenue Paris en 1924. Ce jeune docteur fera ensuite carrière dans la littérature, il s’appelle Louis Destouches et prendra le Pseudonyme de Louis-Ferdinand Céline. On terminera l’histoire toujours dans Le Figaro, avec une interview du président de la Sorbonne.

 

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Qu’y dit, entre autres, le mathématicien Georges Haddad ? Il évoque la fin de la liberté d’expression à l’université et l’avènement des ayatollahs de la bien-pensance. Il donne l’exemple de son campus de Tolbiac, régulièrement occupé par des étudiants manifestants. « L’université est à la main d’une minorité qui veut nous imposer le débat », se désole-t-il. Les grandes confrontations d’idées universitaires ne fonctionnent plus. Si vôtre initiative ne plait pas aux tartufes et aux censeurs, elle n’est pas discutable. A chaque époque son obscurantisme. Comme quoi ceux qui prétendent vous laver le cerveaux ressemblent à ceux qui, autrefois, vous interdisaient de vous laver les mains.

 

David Abiker

 

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