CONCERTOS DU BOUT DU MONDE

Chandos nous avait fait découvrir l'œuvre symphonique de l'Australien Malcom Williamson, aujourd'hui Hyperion présente ses singuliers concertos pour piano

Passé par la musique sérielle, admirant aussi bien Britten que Messiaen et Boulez, Williamson fut à la fois un compositeur de l’establishment britannique, mais aussi un musicien inspiré par les esthétiques les plus diverses. Marquée par la nature australienne, sa musique est d’un lyrisme protéiforme. Elle serait postromantique globalement, mais avec toutes les réserves que l’on peut accorder à cette définition. Williamson fut un génie du développement mélodique comme en témoignent les six pièces concertantes réunies dans ce coffret. On croit entendre Ravel et le minimalisme américain, mais aussi Stravinsky, Martinu, Bartók, Chostakovitch… D’une virtuosité ébouriffante, la partie soliste du Premier Concerto joue des contrastes les plus savoureux. Dans le Concerto en la pour deux pianos, les phrases bondissent dans une orchestration scintillante pour cordes uniquement. Prokofiev ? Bartók ? Cette écriture finalement personnelle nous amuse avec des touches de swing, voire d’autodérision dans le Concerto n° 2. Les rythmes de danses jonglent entre Bartók et quelques réminiscences de cabaret avec ce " piquant " digne de Poulenc. L’écriture est plus acérée dans le Concerto n° 3 avec des fanfares de cuivres, une bonhomie plus proche de la musique américaine (Schuman, Copland). Cette pièce paraît comme la plus légère des six réunies. Ce divertissement séduit avec un mouvement lent d’une si grande économie de moyens et dont les dissonances s’accumulent progressivement. Petit chef-d’œuvre, la Sinfonia concertante associe procédés sériels dans un cadre tonal. D’un côté, un trio de trompettes avec le piano et, de l’autre, l’orchestre à cordes : un savoureux combat d’un lyrisme sans équivalent dans le répertoire du xxe siècle. Le Concerto n° 4 dont c’est ici le premier enregistrement est d’une facture plus anglaise (harmonie et mélodie) et stravinskienne (rythme). Une fois encore, Piers Lane et Howard Shelley mettent en valeur cette musique généreuse et profondément personnelle. Une très belle découverte.