Claude Chabrol, l’oreille d’un maître

On a beaucoup parlé de l’oeil (acéré) et du palais (fin), voire de l’estomac (glouton) de Claude Chabrol, il ne faudrait pas oublier d’évoquer son oreille. Il connaissait la musique en profondeur et savait la faire partager comme on goûte un grand vin, les papilles en complicité. Tout ce qu’il en dit est juste, amusant, personnel, enthousiaste. Ses choix reflètent sa curiosité insatiable (Britten, Milhaud), son sens de l’humain (Chostakovitch, Mahler), et témoignent d’une passion pour la composition en tant que métier. La grâce tombée du ciel d’un Mozart ou d’un Schubert l’intéressent moins que de suivre, ébahi et hilare, le geste de l’artisan-compositeur et de comprendre, dans l’euphorie fraternelle d’un confrère alliée à la modestie de l’amateur, pourquoi il a choisi telle tonalité plutôt qu’une autre et opté pour une flûte au lieu d’un hautbois. Il est fasciné par le langage des sons comme on mettrait son nez dans la palette d’un peintre. Et d’applaudir qu’avec du rouge et du jaune, on puisse créer une ambiance orangée si caractéristique.
Il est aussi passionnant que lorsqu’il parle de cinéma, ce qui n’est pas peu dire.