Chat noir Chabrol

Claude Chabrol a publié il y a trois ou quatre ans un livre de souvenirs dans lequel il parlait beaucoup de musique. On sentait une solide culture musicale et une liberté de ton. Bref, un client de choix pour Musiques de Stars. Dès le début de cette émission, j’ai donc tenté de le recevoir. Eva Simonnet, son attachée de presse depuis tant d’années, s’est donc habituée à ce que je l’appelle régulièrement. Malheureusement, son dernier film est sorti en plein été : au moment Musiques de Stars prend ses quartiers d’été. C’était trop tôt ou trop tard pour le recevoir à titre promotionnel. Le reste du temps, Claude Chabrol travaille, figurez-vous, et beaucoup. On ne dirait pas comme ça, non ? « Il est en écriture » me disait la fidèle et douce Eva, ou « Il est en Bretagne ! » Le plus drôle, c’est qu’il préparait le scénario d’un film qui s’intitulera « Bellamy ». A ce titre (sic), il aurait pu abandonner un temps son ouvrage pour venir me voir… sans sortir du sujet.

Donc, je l’ai courtisé assidûment l’ami Chabrol. Et puis, un beau jour, Eva m’a dit : je lui en ai parlé, il n’est pas contre, on pourrait le faire dans un mois. Sa liste est arrivée. Bien, sérieuse, intéressante.

Le jour de l’enregistrement, j’ai envoyé un taxi au réalisateur de « Violette Nozières » et je n’ai plus eu de nouvelles. Nous avons patienté une bonne partie de l’après-midi sans le voir venir. Où était-il ? Mystère. Comme il vit sans téléphone portable, pas moyen de le joindre. On a appelé le centre de taxi pour apprendre qu’il se trouvait… à la Maison de la Radio. Le cher distrait pensait qu’il se rendait à France Culture. Il a cherché un bon moment dans les couloirs de la Maison ronde sans rien comprendre. Finalement, tout s’est éclairci après un coup de fi d’Eva Simonnet. Radio France a payé le taxi de retour (Chabrol n’a jamais un sou un poche), ce détail est amusant si l’on pense que nous sommes en situation de concurrence, et nous avons pu commencer l’enregistrement quatre heures après l’heure prévue, en partie à cause d’embouteillages particulièrement salés.

Par chance, tous ces désagréments n’ont pas entamé la bonne humeur proverbiale de Chabrol.

Voici son programme pour la bonne bouche, et les oreilles ad hoc.

« J’ai du bon tabac »- traditionnel

« La Folle Complainte » de Charles Trenet

 » Le Vin d’Argenteuil » sans doute autour de 1900

Le mouvement lent du Ier Concerto pour piano et trompette de Chostakovitch (Argerich)

Le Ier mouvement de la 7eme symphonie de Malher (Boulez)

Le Boeuf sur le toit de Darius Milhaud (Bernstein) début

Le Concerto pour violoncelle de Edward Elgar (Du Pré / Barbirolli) 1er mouvement

Les Illuminations de Benjamin Britten (Britten)

Le Boléro par Giuseppe Sinopoli (fin)

Les Nuits dans un jardin d’Espagne de Manuel de Falla (Larrocha) 2e mvt

Le grand air de Turandot (Puccini) « In questa reggia » par Léonie Rysanek

La 7ème symphonie de Sibélius (Karajan) 3e plage ou 4e plage