Charmante Karine Deshayes

1. C’est toujours rafraîchissant de découvrir que derrière une cantatrice au timbre soyeux, qui vocalise plus vite que son ombre, et qui domine sans peine un orchestre entier avec ses deux cordes vocales, se cache une jeune fille simple et gentille, de commerce agréable, pas pimbêche pour deux sous, avec laquelle on passe un bon moment. Karine Deshayes doit être une bénédiction pour ses camarades sur un plateau d’opéra. On comprend sans peine qu’elle ait préféré prendre ses clics et ses clacs face à un metteur en scène rude et ombrageux, peu sûr de lui et agressif et qui de plus a réduit Don Giovanni à une banale affaire de harcèlement sexuel dans les tours de la Défense.
2. A propos des « fautes » de langage, je persiste et signe. Le français est une matière vivante, ce n’est pas une langue figée. Ainsi ce que chacun a pris pour acquis sur les bancs d’école de son enfance évolue. Dire « quelque part » à tout bout de champ n’est pas une faute, mais un tic de langage qui trahit simplement que vous êtes plus souvent à discuter le bout de gras devant la machine à café que plongé dans un roman de Balzac. Personnellement, le « après que je sois parti » me hérisse malgré moi, car j’ai appris que « après que » appelle l’indicatif, mais c’est devenu la norme, même si cela me désole. On ne parle plus comme nos grands-parents (il faudrait d’ailleurs dire « nous ne parlons plus comme nos grands-parents), mais « on » n’est pas une faute, ce n’est pas la formulation la plus élégante, c’est tout. Il ne faut pas oublier que l’essentiel est de com-mu-ni-quer et de se comprendre. Si l’on dit « un espèce de chien », on se comprend, c’est l’essentiel. D’ailleurs, c’est presque amusant de constater qu’un mot change de genre sous le poids de l’usage. En revanche (on peut aussi dire « par contre » bien que cela écorche les oreilles des puristes), dire : « si j’aurais su » reste une faute, mais bon, le jour où tout le monde le dira, ce n’en sera plus une. C’est parfois une licence poétique : pensons au fameux « nous nous en allerons » de la chanson de Renaud.
Certains auditeurs me reprochent de dire « est-ce que vous pensez… » au lieu de « pensez-vous que… ». Je prétends que la première formulation est moins glaçante pour l’invité et que sa réponse sera plus naturelle. Et je pense aussi que certaines coquetteries de langage, si elles ravissent un petit cercle d’universitaires précieux, écartent du même coup des personnes plus simples et les confortent dans le fait que, décidément, la musique classique n’est pas pour eux. Tout est affaire de dosage. En conclusion, la langue ça se discute. Personnellement, sur un plan pédagogique, je crois plus à la valeur de l’exemple. Ainsi plutôt que de reprendre sèchement son voisin (ou son enfant) qui tente d’exprimer une opinion, il vaut mieux l’aider naturellement à enrichir son vocabulaire et à soigner sa syntaxe sans lui donner l’impression qu’il vous est inférieur. Ainsi, au concert, si votre voisin tousse bruyamment entre les mouvements d’une symphonie, pourquoi ne pas lui proposer à l’entracte une pastille pour la toux au lieu d’émettre un « chut » tout aussi bruyant et dérangeant pour le reste de l’assistance.
Voici le programme de Karine Deshayes :

3 madeleines musicales

-Beethoven Concerto no5 pr piano 2e mvt (version Brendel/Metha)
-Berlioz Le Spectre de laRose avec R Crespin
-chanson de Barbara « ma plus belle histoire d’amour c’est vous »

3 morceaux symbolisants:

-La Vie: Vivaldi, 4 saisons: L’Eté(Presto)
-L’Amour:Rossini, Donna del Lago: Duo Elena/Malcom
-La Mort:Bellini, Capuleti e i Montecchi: Duo final Romeo/Giulietta »O
tu,mia sola speme »

5 Oeuvres classiques:

-Stauss, concerto no 2 pr Cor,1er mvt
-Brahms,concerto pr Violon,3e mvt(versionFerras/Karajan)
-Rossini, Air de Cenerentola par T Berganza
-Mozart, Don Giovanni,(dir Maazel)
-Monteverdi, Couronnement de Poppée, duo final(P/N) Pur ti miro