Charles Berling remonte le temps

1. Sa mère est le fruit de l’amour entre sa grand-mère et un ouvrier arabe du garage que tenait son grand-père au Maroc. Quel lourd secret dans une famille bourgeoise de l’après-guerre ! Charles Berling la raconte avec pudeur et talent. Il brosse le portrait de ces deux femmes d’exception, au caractère très extraordinaire. Il n’a pu briser ce secret de famille qu’après la mort de sa mère.
2. A l’invitation d’Eve Ruggiéri, je suis allé vendredi soir réciter les Sept Dernières Paroles du Christ en Croix avec l’Orchestre des Solistes français sous la direction de l’excellent Paul Rouger (qui jouait l’oeuvre de Haydn) à la cathédrale de Chartres. Présenter des concerts, animer des émissions est une chose, mais lire des extraits des évangiles dans l’une des plus belles cathédrales d’Europe (le bleu des vitraux est unique au monde, quant à la flèche sud, elle semble percer le ciel d’un seul jet) est un exercice qui m’intimidait beaucoup. A la répétition, j’ai essayé d’être le plus sobre possible, et Eve m’a dit : « Tu l’as fait liturgique, c’est très bien, mais essaie de le jouer davantage. C’est la Passion tout de même ! » Excellent conseil. Le soir du concert, j’ai donc essayé d’oublier qu’il s’agissait, pour les auteurs et pour les croyants, du fils de Dieu (dans sa Maison !), pour incarner un homme innocent de tout crime, mort sur la croix, entre deux larrons. A chaque auditeur d’imaginer le reste. Dimanche, je suis retourné en Eure et Loir car Eve donnait une conférence au château des Vaux. Il se trouve que mon père était professeur dans cet établissement des Orphelins Apprentis d’Auteuil et que j’y ai fait mon CM1, alors que nous arrivions de Marseille. C’est la première fois que j’y revenais depuis l’âge de huit ans. Plus extraordinaire, la loge d’Eve n’était autre que mon ancienne salle de classe. Quelle émotion ! J’ai pris la voiture pour aller à La Loupe, le village de mon enfance, à sept kilomètres du château. J’ai revu l’école primaire où j’ai fait mon CM2, dans la classe de M. Maintenant, et le CES où j’étais de la sixième à la troisième, avant que nous ne partions pour Cholet. J’ai marché jusqu’à mon ancienne maison à la résidence Lafayette, dans la cité construite par les Américains que ma mère avait trouvée si laide en arrivant. Des dizaines de souvenirs et d’amis disparus sont remontés à ma mémoire. Et puis, sur une impulsion subite, j’ai rendu visite à mon ancienne prof de français, Michèle Merlio, qui habite toujours rue Dabancourt. Elle a ouvert la porte et s’est exclamée « Olivier ! » comme si nous nous étions quittés la veille. Je craignais de découvrir (trente-cinq ans plus tard) une très vieille dame, peut-être en fauteuil roulant, peut-être un peu sourde, et j’ai retrouvé la belle femme à la mise impeccable, tirée à quatre épingles, au regard clair et au rire chaleureux. Elle nous impressionnait beaucoup, enfants, mais nous l’adorions car elle était très humaine derrière sa rigueur et son sens du devoir. Nous avons évoqué le passé, le présent, parlé des vivants et des morts, et je suis reparti non sans l’avoir remerciée d’avoir été un si bon professeur. Elle a étouffé un sanglot en me disant au revoir, le même sanglot contenu qu’elle avait eu lorsqu’elle m’avait gardé à la fin de classe, après la mort de mon père, pour me dire qu’il fallait être fort et que le travail était le meilleur moyen de dépasser son chagrin.
Voici le programme de Charles Berling :

Schoenberg Fantasie OP 47 par Menuhin et Gould
Malher Symphonie N°1 Titan – 4e mvt
Les variations Goldberg / Gould
Rigoletto Verdi « La la la la »

Les Madeleines:
Jacques Brel Amsterdam
Marie Laforêt Fais moi l’amour comme à seize ans
Bob Dylan The Times they are A-Changing