Carole Bouquet, le feu sous la glace

   Olivier Bellamy reçoit Carole Bouquet sur Radio Classique

  1. Carole Bouquet est un garçon manqué dans un corps de déesse. Une femme excessive, généreuse, débordante d’énergie sous des allures de vestale et un adolescent fragile, manquant d’assurance, épris de sentiments forts et vrais dissimulé derrière une éducation parfaite. Dès qu’elle entre dans une pièce, tous les regards se tournent vers elle, mais elle se fiche pas mal de son image. Elle aime rire, manger comme quatre, boire du bon vin et se coucher à pas d’heure, elle gardera toujours un port de reine et une classe folle. La nature en a décidé ainsi. Aussi à l’aise dans un palais que dans un boui-boui crasseux, avec des princesses (qui ont l’air de roturières à ses côtés) ou des pêcheurs siciliens, dont elle est prête à partager le quotidien demain s’il le faut. Elle a tourné pendant des semaines dans la Chine profonde, se lavant à l’eau froide, mangeant n’importe quoi, s’intéressant à tout, levée avant tout le monde, sans jamais se plaindre, alors que tous ses partenaires tombaient malades et rêvaient de retrouver leur confort.

Elle aime le cinéma profondément, intensément. Son nom est en haut de l’affiche, mais elle ne pense qu’à servir le rêve d’un grand fou, à participer à une aventure, à retrouver la chaleur d’une famille qui lui a si cruellement manqué lorsqu’elle était enfant. Elle est aussi capable de faire des centaines de kilomètres pour aller entendre un concert ou visiter une abbaye cistercienne. Elle est une vraie mère poule avec ses deux grands garçons, une amie fidèle pour ses amis. Elle a acheté des vignes en Sicile et puis s’est mise à faire du vin avec une inconscience totale, parce qu’il n’était pas question de venir simplement passer des vacances comme une nantie et pour se sentir digne d’appartenir à une communauté. Comme elle ne sait rien faire à moitié, le produit de sa terre et le travail de ses hommes est devenu un nectar (le Sangue d’Oro) qui a gagné les plus grands prix internationaux et que l’on retrouve sur les tables des plus grands restaurants. Elle fabrique aussi son huile d’olive et ses câpres (seules richesses d’une terre au relief inhospitalier), qu’elle offre à ceux qui savent en apprécier le goût et qui ont du respect pour la sueur versée durant leur élaboration.

Elle n’aime pas les interviews et surmonte sa répugnance à parler d’elle-même que s’il s’agit de défendre un projet ou une cause humaine.

J’espère qu’on aura compris tout cela lors de son passage dans Passion Classique, car, bien qu’aimant profondément la musique, elle hésite à en parler, par pudeur, comme si elle avait peur de salir la pureté de ses sentiments en les étalant sur la place publique, de peur aussi qu’on imagine qu’elle songe à se servir d’un art sacré pour se mettre en valeur.

2. Pour répondre à Eliane, j’ai également une passion pour Poulenc, que l’on prend à tort pour un compositeur facile et salonnard, alors qu’il est un enfant de Mozart et qu’il s’approche parfois de Schubert dans sa Sonate pour clarinette et piano, sa Sonate pour hautbois et piano et sa Sonate pour flûte et piano, trois chefs-d’oeuvre absolus.

   Voici le programme de Carole :

   Verdi : Rigoletto – « Si vendetta » (air de Rigoletto, acte II) (Kubelik)

Madeleines

Elisabeth Schwarzkopf chante « Dove sono » des Noces de Figaro de Mozart

Johnny Burnette : Your Sixteen

Nina Simone chante My Way

Programme :

Schubert : Sonate n° 4 op. 164 D 537 – 2e mvt (Michelangeli)

Sviatoslav Richter joue « Einsame Blumen » des Scènes de la forêt de Schumann

Verdi : Requiem – « Ingemisco » (Pavarotti)

Jaroussky chante Vivaldi (air rapide)

Mélodies d’amour

« Di quella Pira » du Trouvère de Verdi par Placido Domingo

L’Histoire du Soldat (Shlomo Mintz)

Bach par Barenboïm

Musique ultime

Huit et demi de Fellini (Nino Rota)