Callas, 40 ans après la légende continue…

Elle est la diva assoluta, celle qui aura incarné, bien au-delà du cercle des initiés, l’opéra avec son cortège de frasques et de scandales. Ses amours surmédiatisées avec le richissime armateur Aristote Onassis achèveront de faire accéder au mythe une destinée d’exception. Fille d’immigrés grecs, Maria Callas grandit aux Etats-Unis où elle apprend de la chanteuse espagnole Elvira de Hidalgo les bases du Bel canto. Sa voix unique, jointe à ses dons de tragédienne, ne doit cependant pas faire oublier la travailleuse acharnée et perfectionniste, celle qui excelle dans les vocalises légères comme dans les rôles plus lourds pour sopranos dramatiques. Durant la guerre, Callas fait deux rencontres déterminantes en les personnes du chef d’orchestre Tullio Serafin, l’un de ses plus fidèles soutiens, et de l’industriel Giambattista Meneghini, son futur époux. La chanteuse grecque transfigure l’opéra romantique italien (Bellini, Donizetti, Verdi) grâce à sa pâte inimitable. A quoi tient-elle ? A cette recherche de la vérité dramatique avant tout, qui lui fait adopter des accents rauques, un vibrato des plus éloquents, des colorations de timbre d’où le « beau son » est accessoire ; bref, l’opposé d’un rossignol ! Une manière qui réussit également aux opéras de Gluck et Spontini abordés au tournant des années 50 et qui ne manque pas de séduire certains hommes de théâtre (et les autres) : Luchino Visconti, puis Pier Paolo Pasolini tombent aussitôt sous son charme. La diva enregistre parallèlement ses grands rôles pour la firme EMI, soigne sa mise (ce qui lui vaut le titre de « femme la plus élégante du monde » en 1957), pose complaisamment pour les magazines branchés.
Mais le destin la rattrape : voici qu’à Rome ce soir de l’année 1958, en pleine représentation de Norma en présence du président de la république italienne, la star quitte la scène. Le mécontentement du public n’a d’égal que l’ire de la presse, fustigeant les cachets mirobolants exigés par Meneghini. On lui oppose sa rivale de toujours, la discrète et attachante Renata Tebladi. Désormais, cette image de « diva capricieuse » lui collera à la peau. Puis vient l’idylle avec le milliardaire grec Aristote Onassis, rencontré à la faveur d’un banquet. Plus rare sur les planches, Callas en profite pour approfondir sa conception des rôles cependant que sa voix commence à montrer des signes de fatigue. Trahie à la fois par son instrument et par l’homme de sa vie (Onassis la quitte pour Jackie Kennedy, qu’il épouse en 1968), Maria Callas tombe en dépression, puis se mure dans son appartement parisien du XVIème arrondissement en écoutant ses disques en boucle. Celle que l’on surnommera « la voix du siècle » meurt, épuisée, à 53 ans. Sa légende, elle, est sur orbite ; elle n’a pas fini de tourner…