« Ça ira (1) Fin de Louis » : Pommerat fait sa Révolution

C’était en 2015, à la première. En sortant du Théâtre des Amandiers, les spectateurs se jetaient des regards effarés. Conscients d’avoir vécu un moment d’exception: d’avoir vu une pièce qui ferait date et dont on parlerait encore dans 20 ans. Du grand théâtre. Du très grand théâtre, capable de jeter sur notre monde un puissant éclairage

 

3 ans et demi après, revoilà « Ça ira (1) Fin de Louis » à Paris grâce à l’audace du directeur du Théâtre de la Porte Saint-Martin qui a décidément un sens aigu de la programmation

Dans l’écrin de ce théâtre à l’italienne, s’installe ce spectacle que 200 représentations données à travers le monde ont fait encore gagner en maturité et en fluidité. Un spectacle qui puise sa matière dans les tumultes de la Révolution Française, de 1787, la convocation des Etats-Généraux, à 1791 juste avant la fuite de Louis XVI à Varennes.

Il a fallu deux ans de travail et de recherches poussées dans les archives pour créer cette fresque : assisté par l’historien Guillaume Mazeau, Pommerat a fait lire à ses comédiens une abondante littérature sur le sujet, correspondances, mémoires etc… jusqu’à ce que chacun soit assez imprégné des idées pour trouver sa place dans l’échiquier qui allait de la Montagne à la Gironde. Le génie de Pommerat a été d’éviter la reconstitution : il cherchait l’esprit plutôt que la lettre, et n’a pas souhaité que ses acteurs se glissent dans la peau de Danton, ou Robespierre, mais plutôt s’approprient leurs convictions et leurs colères.

Pendant 4h30, la pièce nous fait vivre la Révolution Française au présent

Assis dans la salle, le spectateur est à l’Assemblée, dans l’exaltation, la fièvre des débats. Les acteurs, qui sont sur la scène aussi bien que mêlés au public, s’écharpent et s’invectivent, en viennent aux mains parfois, rivalisent d’éloquence… Dans ce tumulte, on ressent avec une acuité inédite ce que l’Histoire en train de se faire a d’accidentel et d’aléatoire.

En 2015 le spectacle était déjà prodigieux, mais aujourd’hui, à la lumière de la crise des gilets jaunes, il prend une dimension supplémentaire

Comment ne pas être troublé quand on entend le ministre des finances de Louis XVI dire « Depuis quelques années, notre système fiscal est ressenti par une bonne partie de la population comme injuste. » ? L’histoire de ces hommes en colère qui renversent le pouvoir résonne de façon sidérante avec ce que nous vivons. Le grand débat au sujet de plus de justice sociale se joue aussi sur les planches en ce moment.

 

«Ça ira (1) Fin de Louis». Théâtre de la Porte Saint-Martin. 18, bd Saint-Martin (Xe). Jusqu’au 28 juillet.

 

Elodie Fondacci 

 

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