Brigitte Fontaine, émotion et allégresse

Pourquoi le cacher, j’ai longtemps hésité avant de me décider à inviter Brigitte Fontaine. Mon admiration pour cette artiste unique, mon attirance pour cette forte personnalité étaient réfrénées par la crainte de dérapages, voire de sabotages possibles, à la suite d’émissions de télévision assez clownesques, mais pas toujours très drôles.
Et puis la curiosité, ou est-ce un sursaut de courage ou une bouffée d’inconscience, a été la plus forte. Quand j’ai reçu son programme, j’ai été rassuré : c’était du solide, du sérieux. Et puis, nouveau trac, je me suis dit qu’il fallait être à la hauteur d’un personnage aussi particulier. Il fallait que les auditeurs découvrent la vraie Brigitte Fontaine. Allait-elle me laisser entrer dans son univers intime ? Est-ce que ça allait coller entre nous ? Allait-elle m’aimer suffisamment pour me donner ce que j’attendais ?
Lorsqu’elle est arrivée au studio, harnachée comme un chevalier des temps anciens, je n’ai pu réprimer un sourire. J’ai appris qu’elle connaissait l’émission, qu’elle était heureuse d’y participer et cela m’a touché. Puis, elle a fouillé dans son sac avant de me tendre une ordonnance signée d’un médecin, stipulant qu’il lui était indispensable de pouvoir fumer au risque d’être victime de tremblements. Elle ressemblait à une enfant apeurée qui tend un mot de ses parents la dispensant de tout effort physique au professeur de sport. Je l’aurais bien laissé faire, mais notre directeur technique a posé un véto formel : la fumée aurait déclenché l’alarme.
Nous nous sommes prêtés à la traditionnelle séance de photo qu’elle a semblé accepter de mauvaise grâce et au prix d’un effort sur elle-même. Et puis là, miracle, sans que je puisse expliquer ce qui s’est passé, nos mains se sont frôlées (comme Mimi et Rodolfo dans La Bohème) et nos petits doigts se sont joints à l’image de deux anneaux d’une chaîne.
C’était une impression très étrange parce que nous ne nous connaissions pas, et en même temps très naturelle, comme si nous nous connaissions très bien et que nous étions heureux de nous retrouver après une longue absence.
Après l’émission, j’étais dans une sorte de grâce et de légèreté que j’ai rarement éprouvée avec un invité.
Je me suis souvenu de certains mots de Brigitte Fontaine : « Je le fais, essayer c’est trop difficile » ou « Les mots sont comme des êtres vivants, comme disait Victor Hugo » ou « La musique me met dans un état d’allégresse. » Tout était plein de douceur, de fantaisie, d’intelligence et de sincérité. Une magnifique rencontre.
Voici son programme :
– Concerto pour violon de Brahms – 1er mvt
– Ouverture de Don Giovanni / Harnoncourt
– Leçons de ténèbres pour le mercredi saint / Couperin avec Alfred Deller
– Agnus Dei de la messe en si / Bach avec Alfred deller
– Henri Dutilleux : Shadows of Time

Madeleines

– Peer Gynt : Mort d’Ase
– Billie Holiday : I’m a fool to want you
– L’éloge des vieux / yvette Guilbert

Amour : Ton style de Ferré
Mort : Gainsbourg , la mort a pour moi le visage d’un enfant
vie : Brigitte Fontaine : Ah que la vie est belle