Bertrand Blier et la musique : trop belle pour lui ?

  Olivier Bellamy reçoit Bertrand Blier sur Radio Classique

Bertrand Blier n’écoute plus de musique. Léo Ferré l’avait dit à la fin de sa chanson Mister Georgina : « En l’an 2000, plus de musique… Pourtant c’était beau ». Et Edith Piaf, à la fin de son Accordéoniste : « Arrêtez la musi-que ! »

Mais le réalisateur de Trop Belle pour Toi la connaît bien, intimement. Sa mère jouait du piano, il a découvert les sonates de Schubert en écoutant l’intégrale Brendel en boucle. Il a frémi en écoutant Maria Yudina. Et puis, il a fait dire à Gérard Depardieu : « Il fait chier votre Schubert ! » avant de se recroqueviller à son tour dans un silence nourri de souvenirs mélodiques.

Les vrais provocateurs sont de grands pudiques. Ils connaissent trop le poids des mots pour s’autoriser à parler à tort et à travers. Bertrand Blier est de cette race des taiseux qui n’en pensent pas moins. « On n’a pas le droit de tout dire », affirme-t-il posément, de sa voix bien timbrée. Et pourtant, dieu sait s’il l’a secoué le cocotier et avec quel talent dans des films joyeux et acides, aux répliques au rasoir (et pas rasoir). Ceux qui aujourd’hui font le commerce facile du chamboule-tout politique feraient bien de s’inspirer de ce ton tonique et désenchanté, hautement subversif parce qu’il ne cesse jamais d’être profondément humain.

C’est aussi une question de culture. Celle de Bertrand Blier puise dans la grande littérature, l’âge d’or du cinéma et l’art classique, pas dans le robinet télévisuel du « tout à les goûts » actuel. On ne risque pas de l’entendre se tailler une bonne réputation en surfant sur les thèmes à la mode de la bien-pensance ou montrer son meilleur profil pour rafler à moindres frais des bons points médiatiques. On aimerait bien le qualifier d’authentique si ce mot n’était déjà pas confisqué jusqu’à la nausée par le premier mannequin venu, qui boit du thé vert, achète ses produits bio et va à la campagne pour se ressourcer.

Alors on dira simplement que c’est un mec qui en a, et qui a l’élégance de ne jamais le montrer.

Voici son programme :

Schubert : Impromptu op. 90 n° 3 (sol bémol) Brendel

Madeleines

Yves Montand : Syracuse

Edith Piaf : Padam

Georges Brassens : Prière

Programme

Glenn Gould : Concerto en fa mineur n° 5 (mouvement lent)

Maria Yudina : Schubert (Sonate D 960, 1er mvt)

Annie Fischer : Schumann

Beethoven : Quatuor n° 1 (mvt lent)

Martha Argerich : Bach Toccata en ut mineur

Félix Leclerc : « Ailleurs »