Berthe Morisot, la discrète insoumise au Musée d’Orsay

Quand Berthe Morisot mourut d’une maladie pulmonaire à 54 ans, son certificat de décès portait la mention sans profession. Pourtant, elle laissait derrière elle plus de 400 toiles…

Elle fut – tout autant que Monet, Renoir, ou Degas ses amis – une des fondatrices de l’impressionnisme. La seule femme présente d’ailleurs, à la fameuse exposition de 1874, quand rejetés par les officiels, une trentaine de peintres trouvèrent refuge chez Nadar.
Voilà donc une artiste que son statut de femme a reléguée au deuxième plan de l’Histoire de l’art, alors même qu’elle fut celle qui poussa le plus loin ses recherches sur le « non-fini », sur l’art de capturer l’éphémère.

Née dans une famille bourgeoise, Berthe reçoit une éducation soignée : comme souvent les filles de bonne famille, elle prend des cours de peinture avec ses sœurs, notamment Edma. Les deux jeunes femmes sont douées, et suscitent l’admiration de leurs professeurs. Elles vont au Louvre copier les maîtres, (les femmes jusqu’au début du XXe siècle n’étaient pas admises à l’Ecole des beaux-arts), reçoivent l’enseignement de Corot, se lient avec Degas, Fantin-Latour et Manet, qui devient un ami proche de Berthe et la peindra 14 fois.

Mais nous sommes au XIXème siècle !

Les femmes n’ont pas vocation à faire carrière, elles sont avant tout destinées à être de bonnes épouses. Edma rentre dans le rang. Elle devient la femme d’un lieutenant de marine et renonce à peindre. Berthe elle s’obstine, et se refuse à rendre les armes et les pinceaux, à rebours des codes de l’époque. La peinture l’obsède. Elle se marie aussi, sur le tard, mais choisit Eugène Manet, le frère d’Edouard. Un homme qui la laissera libre de s’adonner à son art et de signer ses toiles de son nom de jeune fille. Elle qui n’avait pas besoin de gagner sa vie mettra toujours un point d’honneur à ce que ses toiles soient vendues, pour affirmer publiquement qu’elle était une peintre professionnelle.

Ses tableaux représentent pour la plupart des femmes saisies dans leur intimité : scènes de toilette, promenades dans des jardins vert tendre… Des scènes que les critiques ont qualifiées de façon un peu condescendante d’aimables. A y regarder de plus près, ces toiles sont pourtant moins riantes qu’il n’y parait : les femmes représentées s’ennuient souvent, le regard vague, comme si elles rêvaient à autre chose. Ou alors, elles sont sur des seuils, prêtes à s’échapper des intérieurs où on les cantonnait alors.

Il y a dans l’exposition un auto-portrait saisissant de l’artiste : Berthe Morisot s’y représente debout, la pinceau à la main, dans la grande tradition des auto-portraits à la palette. Les cheveux noués, elle ressemble à un homme. A un chevalier même. Une fleur piquée à sa boutonnière en guise de décoration. Elle darde sur nous son regard noir qu’admirait tant Manet, et si elle pouvait parler, elle dirait sans doute cette phrase que le Musée d’Orsay a reproduit sur un mur : Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu un homme traitant une femme d’égale à égal, et c’est tout ce que j’aurais demandé. Car je sais que je les vaux.”

Venez découvrir l’exposition Berthe Morisot au Musée d’Orsay jusqu’au 22 septembre !

Élodie Fondacci

Les derniers coups de cœur de Radio Classique :