Angelo Rinaldi, le style, sinon rien

Quand on a la chance de recevoir un écrivain tel qu’Angelo Rinaldi, autant ne pas se priver du plaisir gourmand (zut, un adjectif) lui faire parler du style, c’est-à-dire du coeur battant de la littérature. C’est si rare, au fond, d’entendre un écrivain parler de son métier, de sa technique, de ses secrets. Proustien dans l’âme, il considère la métaphore comme le summum de l’art.
C’est toujours émouvant d’entendre un écrivain chercher le mot juste. On sent chez Rinaldi une (belle) souffrance à se prêter au jeu de la conversation à bâtons rompus, en direct, devant un micro, quand habituellement, à sa table de travail, alors que le monde pourrait s’écrouler et le ciel lui tomber sur la tête, il continuerait malgré tout à mâchonner son stylo et à fouiller dans sa mémoire, la formule définitive, étincelante, qui dit tout.
Des musiciens, il se souvient surtout des lieux (noms de lieux, Proust encore !) : le récital de Catherine Sauvage au Vieux-Colombier… Les visages, eux, s’effacent, se perdent et se brouillent dans sa mémoire ; l’émotion de les avoir perdus de vue, ou perdus tout court, perdus haut et court… De Mozart, il se souvient de l’église Saint-Eustache, où la pauvre mère du Salzbourgeois a été enterrée, et la rue François-Miron, où il fut si mal reçu, et où un restaurant, l’Amadeo (existe-t-il encore ?) conserve « à la française », c’est-à-dire « à table », le souvenir de son triste second passage dans notre frivole capitale.
Ce qui était beau aussi, c’était la modestie d’Angelo Rinaldi. Ce prince des Belles-Lettres, cinglant à l’écrit, hautain par trop (trop est juste assez pour lui) d’exigence, mais drôle aussi, a montré le visage d’un homme rongé par la recherche de la perfection si rarement atteinte.
Voici son programme :
Le pâtre sur le rocher de Schubert (Barbara Bonney)
Madeleines
Catherine Sauvage : Et je cousais
Milva : Volpe d’amor
Ella Fitzgerald : One note Samba (scat)
Impromptu op. 90 n° 3 de Schubert par Philippe Cassard
Piazzola : Liebertango (Astor Piazzola et ses amis)
Nino Rota : La Strada
Mozart : Concerto « Jeunehomme » 3e mvt (M. J. Pires)