Alma Rosé, violoniste à Auschwitz

Nombre de nazis aimaient la musique. Paradoxe qui interpelle encore aujourd’hui, mais qui a néanmoins sauvé la vie à une cinquantaine de prisonnières d’Auschwitz-Birkenau.

Lorsqu’Alma Rosé arrive dans le camp en juillet 1943, un orchestre féminin vient d’être constitué sur les ordres de la lieutenant-colonel SS. Celle-ci ne voulait pas être en reste face à son homologue masculin, qui bénéficiait déjà d’un orchestre dans le camp des hommes. Or Alma Rosé n’est pas n’importe quelle musicienne. Fille d’Arnold Rosé, premier violon de l’Orchestre de l’Opéra de Vienne, Alma est aussi la nièce de Gustav Mahler – son prénom lui vient d’ailleurs de l’épouse du compositeur, sa marraine. A trente-six ans elle a déjà derrière elle une carrière de violoniste, notamment à la tête des Walzermädeln, l’orchestre de chambre entièrement féminin qu’elle a créé à Vienne avant la guerre. Alma est donc très vite nommée à la tête de l’orchestre de femmes de Birkenau, à qui elle impose un haut niveau d’exigence. Mais c’est une question de vie ou de mort : « Si nous ne jouons pas bien, nous serons gazées ». En remplissant leurs journées de répétitions, elle leur évite les travaux forcés auxquels sont réduites toutes les autres prisonnières. Elle négocie également des rations supplémentaires pour les membres de l’orchestre. Alma sauve ainsi la vie d’une cinquantaine de détenues, de nationalités et confessions variées, qui ont presque toutes survécu au camp de concentration. Elle-même n’aura pas cette chance, puisqu’elle succombe à la maladie en avril 1944.

Paru en anglais au Canada en 2000, Alma Rosé, de Vienne à Auschwitz vient d’être publié en français aux éditions Notes de Nuit.

Richard Newman a collecté pendant vingt-deux ans des témoignages du monde entier, notamment des survivantes de l’orchestre. Et la belle-sœur d’Alma lui a ouvert les archives inédites de la famille Rosé. Cette impressionnante biographie se lit comme un roman, qui commence dans la fascinante Vienne du début du XXème siècle. Toutes les personnalités musicales viennoises ont alors défilé chez les Rosé : Richard Strauss, Arnold Schönberg, Wilhelm Furtwängler, Bruno Walter etc. Et même Wilhelm Backhaus qui écrit à Alma en 1928, prophétique : « La dignité de l’homme est entre tes mains. Prends-en soin »

 

Sixtine de Gournay