Alexandra Vandernoot, le retour de la fille prodigue

  Olivier Bellamy reçoit Alexandra Vandernoot sur Radio Classique

  « Encore une fille de », vont dire certains. Peut-être, mais dans le cas d’Alexandra Vandernoot, l’histoire mérite d’être racontée. Elle est la fille de Duska Sifnios, la danseuse serbe pour qui Maurice Béjart a créé son fameux Boléro, interprété par la suite par Claude Bessy, Pietragalla, Sylvie Guillem, Jorge Donn, Patrick Dupont, Charles Jude, Jean-Yves Lhormeau et tant d’autres… Et son père n’était autre que le chef d’orchestre André Vandernoot, ancien directeur musical de l’Orchestre national de Belgique, chef titulaire du théâtre de La Monnaie et partenaire de Béjart au Ballet du XXe siècle. Enfant, Alexandra Vandernoot ne se sentait ni musicienne ni danseuse, alors elle est entrée au Conservatoire d’art dramatique de Bruxelles. Mais surtout, elle en voulait à la musique et à la danse de lui avoir « volé » ses parents. C’est avec André Delvaux, le plus grand réalisateur belge de son temps qu’elle a fait ses débuts devant la caméra. Au cinéma, on a pu la voir dans « Le dîner de cons », « Le souper », à la télévision dans la série « Highlanders » ou dans plusieurs sagas de l’été comme « Tramontane ».

  Elle n’avait jamais réécouté les disques de son père, mort en 1991, ni même ouvert le papier transparent qui recouvre les CD des concertos de Mozart par Murray Perahia qu’André Vandernoot lui avait offert avant de mourir en lui disant : « Il n’y a rien de plus beau au monde ». Elle écoute rarement de la musique, comme si c’était ouvrir la boîte de Pandore.

Son émotion était palpable. Quand nous avons préparé cette émission au téléphone, elle hésitait à venir : « Vous savez, je ne suis pas une mélomane. » Mais quand elle m’a parlé des concertos de Mozart, elle a étouffé un sanglot, cette belle jeune femme qu’on dit lisse et que les metteurs en scène ont voulu froide, comme une nouvelle blonde hitchcockienne. Peut-être est-est venue pour avoir enfin la force d’accomplir la dernière volonté paternelle près de vingt ans après.

C’est l’un de vous, Alain F, qui, dans un commentaire, m’a soufflé le nom d’Alexandra Vandernoot. Son intuition était la bonne. Puisse cette émission le faire sortir du silence où il semble s’être retranché.

Un auditeur s’est agacé quand l’actrice a dit qu’elle ne pouvait pas écouter la musique en faisant la vaisselle. « Elle ne doit pas la faire souvent ! », a-t-il pesté par Internet. Ne peut-on pas comprendre qu’il s’agit d’une chose trop importante pour elle, presque sacrée ? Heureusement, d’autres ont été touchés.

Après l’émission, Alexandra Vandernoot était bouleversée. « J’ai envie maintenant d’écouter de la musique avec mes enfants », m’a-t-elle confié. On ira la voir et l’applaudir d’un autre oeil dans « Le président, sa femme et moi » à la Grande Comédie à partir du 21 octobre.

Voici son programme :

Sonate « Clair de Lune » de Beethoven – 1er mvt (Brendel)

Madeleines

Quatre Saisons de Vivaldi « L’hiver » mvt lent (Nigel Kennedy)

Sarabande de Haendel (BOF Barry Lyndon)

Boléro de Ravel

Programme

André Vandernoot dirige Concerto pour violon de Tchaïkovsky avec Leonid Kogan 1er mvt

Mozart : Concerto n° 21 mvt lent par Murray Perahia, English Chamber

Liszt : Concerto n° 2 par G. Cziffra, l’Orchestre Philharmonia et André Vandernoot

Bach : Suite anglaise n° 6 Gavotte I & II

Mélodies

Sara perche ti amo (Ricci et Poveri)

Roméo et Juliette de Prokofiev (notre générique !)

Jacques Brel : Madeleine