Alain Minc « Les électeurs ont envie d’inattendu »

Ce matin à 8h15 sur Radio Classique

Alain Minc, essayiste et économiste

Invité de Guillaume Durand

« Les électeurs ont envie d’inattendu. La question est de savoir si dans trois mois Macron sera encore inattendu »

Extraits :

A propos de l’affaire Pénélope Fillon et de la rémunération des politiques

« On ne sait pas où tout cela va aller mais je pense, qu’en amont de ce problème, il y a quelque chose d’indicible dans l’atmosphère populiste démagogique ambiante, c’est que le métier politique n’est pas payé, ou que le métier politique n’est pas payé décemment et que les 100 députés que vous avez cités sont obligés de répondre à un problème de vie. Quand vous voyez un type de 25 ans qui veut se lancer dans la politique, je leur pose une question : est-ce que vous avez du patrimoine ? C’est un système absurde. Pour faire de la politique, il faut soit avoir du patrimoine soit être un moine soldat, ce n’est pas possible.»
(…)

«Il faut appeler les choses et oser les dire, est-ce qu’un député peut gagner autant qu’un contrôleur de gestion dans un groupe industriel ? Osons dire ça. (…) On n’ose pas dire que le métier politique n’est pas rémunéré. Combien gagne un maire avec la séparation des mandats ? Un maire  gagne quelques milliers d’euros (…) tout cela n’a pas de sens.
(…)
« Il y a un problème politique. Après, on est entrés dans une période où l’on peut dire sans rire, parce que c’est vrai « Faisons confiance à la justice.». Cette phrase était une phrase grotesque il y a dix ans ou vingt ans, aujourd’hui on sait que la justice fera son boulot. L’enquête préliminaire aura lieu et puis on verra. (…)

« [A propos d’un possible sourire de Sarkozy face à l’affaire Pénélope Fillon] Vous lui prêtez de mauvaises intentions.»

A propos d’Alain Juppé, François Fillon et Emmanuel Macron
« Je regrette infiniment qu’Alain Juppé ait perdu la primaire. Je pense qu’il était au point d’équilibre de la société française, François Fillon était au point d’équilibre de la droite française. Ce n’est pas la même chose et quand j’ai dit que je soutenais Emmanuel Macron, il était moins fort qu’il ne l’est aujourd’hui. C’était il y a trois jours. Mon critère était européen. Je n’aime pas l’approche de François Fillon et je trouve que lors du pèlerinage à Berlin qu’on fait Macron et Fillon la vraie divergence européenne apparaissait clairement. Fillon a dit « Je veux une alliance », Macron est dans construction européenne : « On fait l’Europe, on fait des abandons de souveraineté », c’est la filiation de Delors, Mitterrand, Khol et les fondateurs. Qu’est-ce qu’a dit Fillon, il a dit des choses importantes mais il a dit « on fait une alliance militaire », une alliance militaire c’est une alliance entre états. Il ne veut pas de supranationalité or moi dans toute ma vie j’ai toujours choisi le candidat le plus européen possible. »

A propos de Donald Trump
«Monsieur Trump a été élu constitutionnellement. Il n’a pas gagné politiquement. Arrêtons de faire comme si monsieur Trump avait eu 70% de voix des Américains. Pourquoi a-t-il gagné ? La raison est intéressante, il a gagné dans trois états pour 70 000 voix où en effet les petits blancs se sentent délaissés. Pourquoi ? Parce qu’en effet les syndicats ont disparu. Quand vous êtes dans l’Ohio, dans le Michigan, en Pennsylvanie, vous étiez avant dans des régions Unionized, et bien la disparition des syndicats ça fait ça. Monsieur Trump a 2,5% de voix de moins que madame Clinton. Pour le Brexit, c’est pareil, on nous dit que « le peuple britannique » a voté : oui, 52% des britanniques. Et les 48 autres, c’est quoi ? Ils appartiennent aux élites mondialisées ? Arrêtez de dire que c’est l’aspiration populaire. Les 48% qui ont voté contre le Brexit n’appartiennent pas au peuple ? Si les élites, c’est 48% d’un pays qu’est-ce qu’on est démocratiques ! »

A propos de ses pronostics sur le futur vainqueur de la présidentielle.
«On est entrés dans un univers tellement imprévisible qu’on ne sait plus ce qui va se passer, on ne sait plus comment François Fillon arrivera à sauvegarder sa candidature, on ne sait plus rien.»

« Au fond, je pense que le ressort n’est pas le populisme, c’est l’inattendu. Les électeurs ont envie d’inattendu. La question est de savoir si dans trois mois Macron sera encore inattendu.  »

A propos de Wall Street et des marchés qui n’ont jamais été aussi hauts
«Je pense que la politique que va suivre Trump pendant un an va marcher, ça va être une espèce d’illusion, il va faire une relance keynésienne. Il baisse les impôts pour les entreprises, leurs profits augmentent, la bourse monte. Puis après, s’il devient vraiment protectionniste, on va entrer dans un cycle où un début de difficulté apparaitra de la même manière que les brexiteurs qui disent aujourd’hui « tout va bien, regardez la consommation », je leur donne rendez-vous dans un an, compte tenu que l’inflation sera de 4%. »

A propos  de l’équipe que pourrait constituer Emmanuel Macron s’il gagne
«A mon avis, Macron ferait bien de réfléchir entre monsieur Cazeneuve et monsieur Le Drian, c’est-à-dire des gens dont les qualités sont inverses des siennes.»