Alain Lombard, la guerre de Troie a eu lieu

C’était le grand retour d’Alain Lombard à l’Opéra de Paris dans le Faust de Gounod et, malheureusement, il n’a pas eu lieu. Quelques jours avant la première, ce grand chef français a jeté l’éponge à cause d’un différend artistique avec le ténor vedette Roberto Alagna. C’est un article paru dans Le Journal du Dimanche qui a révélé leurs désaccords. Le ténor serait arrivé deux fois en retard lors des répétitions (ce qu’il a reconnu), la pression serait montée de plusieurs crans et le chanteur se serait plaint à Nicolas Joël, le directeur de l’Opéra de Paris : « C’est lui ou moi » (cela n’a pas été confirmé officiellement). Dans un entretien accordé au Figaro, Roberto Alagna a fait état de changements de tempo imposés par le chef d’orchestre et de malaises de ce dernier (ce qu’il a nié). Alain Lombard a donc quitté le navire et les musiciens ont fait paraître un communiqué de soutien et de regret (ce qui est rarissime). Des grèves du personnel de l’Opéra (ce qui n’est pas rarissime) ont entaché la production le jour de la première. Un beau gâchis. L’excellent Alain Altinoglu a sauvé les meubles en remplaçant au pied levé son confrère dans la fosse.
Alain Lombard nous a donné sa version des faits, parce qu’il estimait injurieux pour sa réputation et « mensonger » l’article du Figaro, sans vouloir trop s’appesantir sur la question, car la musique n’a que faire de cette guerre par voie de presse. S’il le souhaite, Roberto Alagna nous donnera sa vision des choses lorsqu’il reviendra dans Passion Classique. Chacun réagit sur des sites Internet sans savoir vraiment ce qui s’est passé. Mais ainsi va la vie : sans passion, pas d’opéra possible. Ceux qui savent se taisent, ceux qui ne savent pas s’expriment. Le plus sage est donc peut-être de tourner la page.
NB Suite au message de Jeanneret, je précise qu’Alain Lombard était invité dans Passion Classique bien avant que n’éclate cette affaire. Il eut été totalement incongru de ne pas l’interroger à ce propos.
NB 2 Suite aux nombreux messages peu objectifs (mais l’amour peut-il l’être ?) des admirateurs de Roberto Alagna, il me semble important de rappeler quelques vérités premières.
1. Un chef d’orchestre a non seulement le droit de changer de tempo pendant les répétitions, mais c’est sa fonction. Les répétitions servent à cela : à expérimenter. M. Lombard a suffisamment d’expérience et d’autorité pour qu’on ne laisse pas croire qu’il ne savait pas ce qu’il voulait. Le communiqué des musiciens de l’orchestre en témoigne.
2. Alain Lombard a quitté le navire sans faire aucune déclaration publique, sans créer de scandale, avec beaucoup de dignité. C’est l’interview de Roberto Alagna dans Le Figaro qui l’a poussé à sortir de sa réserve, pour défendre son intégrité d’artiste qu’il estimait attaquée. Dans cette interview, le ténor (que nous admirons tous beaucoup) a parlé de malaises du chef d’orchestre. Si cela est vrai, ce n’est pas très élégant concernant un monsieur de soixante-et-onze ans. Si c’est faux (comme l’assure Alain Lombard), c’est une attaque pour le moins étrange.
3. Si Alain Lombard estime que Roberto Alagna n’est pas un grand artiste, c’est son opinion, ce n’est plus un fait. Là, naturellement, les fans de Roberto Alagna peuvent réagir pour défendre un chanteur qu’ils admirent et dont ils ont pu apprécier la gentillesse, la proximité et la disponibilité. Je l’ai moi-même constaté à chaque fois que je l’ai croisé à l’issue d’une représentation. Mais on peut comprendre qu’un chef d’orchestre de ce niveau, qui a simplement essayé de faire son travail, en ait eu gros sur le coeur.
Voici son programme :
-Lakmé avec Mady Mesplé « air des clochettes »
-Tchaikovsky / Symphonie Pathétique – 2e mvt par l’Orchestre de Bordeaux
– Ouverture de Don Giovanni avec l’Orchestre de la Suisse italienne
– Leonard Bernstein : Psaume 131

les autres choix musicaux:
-Glenn Gould / Variations Goldberg
-Tosca avec Maria Callas et de Sabata
-Alpen Symphonie de R Strauss dirigée par Karajan