Agnès Letestu, étoile assoluta

Qu’il est long, difficile, escarpé le chemin qui conduit au firmament du ballet de l’Opéra de Paris, la plus belle compagnie de danse au monde. Agnès Letestu l’a gravi avec courage, mais possède l’élégance (et la réserve consubstantielle à l’esprit de troupe) de ne pas s’appesantir sur les obstacles qu’elle a pu rencontrer. Quand on est danseuse étoile, on se doit de montrer que tout est facile, simple, naturel : cela fait partie de la magie du spectacle.
Et puis, elle nous a glissé une confidence. Un jour, un danseur du corps de ballet est tombé, face contre terre, pendant la représentation, alors qu’elle était sur scène. Que faire ? Courir pour le secourir ? Ou continuer quoi qu’il arrive ? La réponse a claqué en musique, par la voix de Freddie Mercury : « The Show must go on ». Les âmes sensibles et délicates s’en émeuvent. N’est-ce pas un signe d’insensibilité, incompatible avec l’esprit de l’art ? Ceux qui ont vu « French Cancan » de Jean Renoir ne s’en étonnent pas. Cela fait partie du jeu, même si c’est un jeu parfois cruel. Le déroulement d’un spectacle ressemble parfois au Débarquement sur la plage d’Arromanches : celui qui est en première ligne doit avancer coûte que coûte, même si ses camarades tombent autour de lui, sous la pluie des balles et des obus. La victoire est à ce prix. Dans un documentaire qui lui était consacré, Karl Lagerfeld ne disait pas autre chose : « La mode fait rêver le monde entier, mais c’est aussi un monde dur. On n’oblige personne à y entrer et personne n’y est indispensable. » Vous hésitez, vous reculez, dix personnes sont prêtes à prendre votre place. C’est ainsi. On ne devient pas Rudolf Noureev ou Margot Fonteyn avec de bons sentiments. Il faut savoir ce qu’on veut. Ce qui ne signifie pas que l’on est un monstre. Chercher à écraser l’autre ne marche pas, car il s’agit d’une aventure collective. Mais à chacun son rôle. Les étoiles doivent briller sans cesse, sinon rien ne vous empêche de réintégrer la nuit bienfaisante du corps de ballet… La carrière d’une danseuse étoile est courte. A quarante-deux ans, vous êtes à la retraite. Vous pleurez deux fois : le soir où vous êtes nommée étoile et le soir au cours duquel vous faîtes vos adieux. Entre les deux, il faut tenir, durer, endurer, souffrir, subir, et vous consumer dans l’allégresse de 19 h 30 à 22 h. Agnès Letestu nous a raconté les derniers moments de la carrière de Rudolf Noureev : épuisé par la maladie qui le rongeait, alité sur scène, livrant ses indications de chorégraphe tout en économisant ses forces, mais avec la même lueur dans les yeux qu’à ses débuts, la même rage de vaincre, galvanisé par les feux de la rampe jusqu’à son dernier souffle. On ne devient pas artiste. On l’est jusqu’à la dernière goutte de son sang, ou l’on va planter des choux.
Voici son programme :
– Lac des cygnes.
Madeleines:
-Chopin prélude en ré mineur (n° 24)
-Queen « show must go on »
-Chopin 2e mouvement du 2e concerto pour piano
Programme
-Sonate de Liszt pour piano en si mineur ( avec Martha Argerich )
-(Chopin Grande Polonaise brillante op.22
-Edvar Grieg concerto pour piano en la mineur 2e mvt Adagio
Mélodies d’amour :
-Schubert:trio Opus 100 D929 (andante con moto)
-Sergei Rachmaninov concerto pour piano et orchestre n°2 en ut mineur op.18
3/Allegro Scherzando (Richter)