« 12 jours », le regard humaniste de Raymond Depardon

Avant douze jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience : d’un côté un juge, de l’autre un patient. Entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie. Un thème cher au maître de l’image et du documentaire, Raymond Depardon, qui s’est affairé toute sa vie à mettre en lumière cette notion de liberté, avec « 10e chambre, instants d’audience », « Journal de France » et plus récemment « Les Habitants ».

Ce documentaire, présenté en sélection officielle au dernier Festival de Cannes, révèle la sensibilité et la dignité des patients, durement éprouvés par la maladie. Il présente une succession de témoignages, de femmes et d’hommes hospitalisés de force dans une clinique de Lyon. Certains présentent un regard décalé et loufoque sur leur propre cas (comme ce patient qui s’excuse de son zozotement mais qui ajoute « je pourrais faire de l’orthophonie mais y’en a d’autres qui sont muets alors je m’en fous »). D’autres ont des troubles psychotiques plus sévères (comme cet homme qui demande une seule chose : revoir son père, sans savoir que c’est lui-même qui l’a tué…) Raymond Depardon met aussi en lumière le travail des juges et rend hommage à leur humanité. Les audiences sont entrecoupées d’admirables scènes de brumes ou d’extérieurs mélancoliques, des images d’une grande douceur, accompagnées de la musique captivante d’Alexandre Desplat.