09.04.2016 : Une minute avec Schubert – Episode 11 : « La sagesse orientale »

Olivier Bellamy, animateur de Radio Classique, s’est passionné l’été dernier pour Franz Schubert et nous raconte l’histoire du compositeur dans une vingtaine de chroniques audio inspirées de son livre « Un hiver avec Schubert ». Lisez et écoutez chaque semaine un épisode de notre série sur Schubert. Voici le 11ème épisode : « La sagesse orientale »

Schubert reste un astre isolé, une étoile mystérieuse dans le ciel de la musique. Selon la pianiste Maria João Pires, il a poussé très loin l’état d’impermanence, ce pilier de la pensée bouddhiste qui invite au détachement. En effet, dans leur déroulement horizontal, ses sonates pour piano évoquent un râga indien aux variations infinies, et aux ornementations subtiles. Et ne ressemble-t-il pas lui-même à un peintre tibétain, absorbé par la contemplation d’un tableau avant de l’effacer, et d’en commencer un autre, à la manière d’un palimpseste ? Pas de profit, pas de vanité, rien que l’offrande gratuite et le dévouement. Dans son existence aussi Schubert parait imprégné de sagesse orientale. Il ne se bat jamais pour obtenir un poste ou des faveurs. Il laisse le destin agir à sa guise. En amour aussi il est fataliste ; s’il l’avait connu, le philosophe Schopenhauer aurait certainement reconnu dans son œuvre le chainon idéal entre la métaphysique chrétienne et la transcendance hindoue.