Fête des Mères : Mozart, Mendelssohn, Gounod, quels liens avaient-ils avec leur maman ?

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La Fête des Mères est célébrée cette année le dimanche 29 mai. En cette période festive pour les mamans françaises nous nous sommes intéressés aux rapports particuliers qu’entretenaient certains compositeurs avec leur mère. De Mozart à Schumann découvrez celles qui se cachent derrière leurs célèbres fils.

Camille Saint-Saëns et sa mère Françoise-Clémence : Un amour passionnel

C’est un amour fusionnel qui a lié Camille Saint-Saëns et sa mère Françoise-Clémence. Le père du compositeur étant mort très tôt de la tuberculose, sa mère se retrouva vite obligée d’assumer seule la responsabilité de l’éducation de son fils. Malgré ses prédispositions musicales, François-Clémence a toujours insisté pour que Camille ouvre son éducation à d’autres domaines que la musique, notamment religieux et littéraire. Ainsi son fils a bénéficié de l’école à domicile car sa mère voulait préserver sa santé (Camille Saint- Saëns a hérité de la maladie de son père). Davantage qu’une prescriptrice, Françoise-Clémence était un véritable pilier pour le compositeur.

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C’est elle qui l’a forcé à réécrire le final de sa Première sonate en ut mineur, pas assez abouti à son goût. Elle l’a même rappelé à l’ordre à plusieurs reprises, notamment quand celui-ci perdait confiance au moment de jouer pour le centenaire de Beethoven. A l’âge adulte, leur lien n’a pas été rompu, comme nous le prouvent les nombreuses correspondances qui témoignent d’un échange quasi-quotidien entre la mère et son fils. En 1878, après les morts successives de ses deux petits garçons, André et Jean-François, âgés respectivement de 2 ans et de 7 mois, Camille abattu, quitte sa femme et rentre se réfugier auprès de sa chère mère. 10 ans plus tard, c’est Françoise-Clémence qui meurt. Sous le choc, le compositeur part pour l’Afrique sous un faux nom afin de se couper du monde et tenter de se consoler.

Camille Saint-Saëns en 1846, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg

 

Wolfgang Amadeus et Anna Maria Mozart : Une mère face à l’autorité du père

On aurait tendance à l’oublier mais Anna Maria Mozart est la mère de deux compositeurs prodigieusement talentueux, Wolfgang Amadeus, et Maria Anna dite Nannerl. Autres temps, autres mœurs, seul le fils de la fratrie a pu vivre de son art. Si l’on sait que l’influence du père de Leopold Mozart fut primordiale pour la réussite des enfants Mozart, il ne faut pas oublier le rôle de leur mère. En effet, Leopold, grand compositeur au service de l’Eglise, contrôlait d’une main de fer la carrière de sa progéniture. Anna Maria était le parent tendre de Wolfgang Amadeus lorsque la sévérité paternelle se faisait trop oppressante. Une mère douce et fidèle donc, capable de tempérer son fils face à l’exigence de son père. Lors d’un voyage à Paris sa mère qui l’accompagne pour une tournée de concerts tombe gravement malade. Le jeune compositeur de 22 ans assiste à son chevet, impuissant, à sa mort. À la suite de cette disparition Wolfgang témoigna de son abattement dans des lettres écrites à ses proches. Certains diront même que le fil de l’œuvre mozartienne, notamment à travers l’utilisation unique de la voix de soprano pour les personnages féminins, est symptomatique du lien qui l’unissait à sa mère.

Portrait d’Anna Maria Mozart en 1775 par Rosa Hagenauer-Barducci

 

Felix Mendelssohn et Lea Mendelssohn Bartholdy : La mère philanthrope

Avant de s’appeler Mendelssohn, la maman de Félix portait le nom d’Itzig. Cette famille allemande a notamment ouvert des écoles libres juives, et certains étaient les mécènes de Mozart. Le petit Félix naît donc dans un milieu ouvert aux domaines artistiques et aux arts de la cour. Lea Mendelssohn, pianiste expérimentée jouera un rôle déterminant dans l’éducation de ses 4 enfants. Elle a transmis sa passion à ses deux filles, Fanny et Rebecka, devenues respectivement compositrice et chanteuse. Cette femme d’influence tenait un salon musical réputé à Berlin et organisait de nombreux concerts. Elle y a promu la musique de son fils mais s’est aussi engagée pour l’interprétation de la musique de Jean-Sébastien Bach et pour la diffusion des œuvres de Wolfgang Amadeus Mozart, Joseph Haydn et Ludwig van Beethoven.

Portrait de Lea Mendelssohn Bartholdy en 1823 par Wilhelm Hensel

 

Charles Gounod et Victoire Lemachois/Gounod : Les sacrifices d’une mère

Victoire Lemachois a dû elle aussi élever seule son enfant. Après avoir perdu son mari, le peintre François Louis Gounod, Victoire se retrouve en charge de deux enfants en bas âge. Elle décida alors de vendre l’ensemble de l’atelier de son défunt pour subvenir aux besoins familiaux. D’une très bonne éducation, elle recommença également à donner des cours de piano dont son fils Charles sera le 1er à profiter. Dans ses mémoires Charles Gounod rend largement hommage à une mère qu’il adorait et qui s’est tant sacrifiée : « ce récit est un témoignage de vénération et d’amour envers l’être qui nous donne le plus d’amour en ce monde, une mère. La mère est, ici-bas, la plus parfaite image, le rayon le plus pur et le plus chaud de la Providence ».

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Charles Gounod y évoque notamment la tendre obsession qui l’a habitée durant son adolescence. Au lycée Saint-Louis de Paris, le compositeur travaille sans relâche pour obtenir une bourse, afin de soulager financièrement sa mère. Il n’a d’ailleurs pas pu profiter de son premier succès d’opéra, Le Médecin malgré lui, car sa mère est morte 1 jour après la première. Il témoignera de son immense reconnaissance et du regret de n’avoir pu partager avec elle les fruits de ses efforts. Il « espère, du moins, qu’elle a emporté l’espoir et le pressentiment que ses soins n’auraient pas été stériles et que ses sacrifices seraient bénis ».

 

Photo de Victoire Lemachois

Clara Schumann née Clara Wieck : Bien plus qu’une mère

Fille du célèbre professeur de piano Friedrich Wieck, Clara était destinée à devenir l’une des figures majeures de l’univers musical du XIXème siècle. Déjà à l’âge de 12 ans elle était une interprète célèbre à Leipzig, sa ville de naissance. Puis en 1835, elle compose son plus grand succès le Concerto en la mineur pour piano. Si elle a été bridée par un époux, le compositeur Robert Schumann, un brin jaloux, des critiques peu progressistes et des mœurs l’enclavant dans son rôle de mère, cette compositrice est toujours restée fidèle à son art. Après son mariage, elle est tombée enceinte une dizaine de fois et a mis au monde 8 enfants. À la mort de son mari elle reprendra même les tournées pour subvenir aux besoins de sa famille. Pendant ses voyages, c’est sa fille Marie qui veillera sur ses frères et sœurs. Brigitte François-Sappey, musicologue, résume parfaitement le rapport particulier qu’avait la compositrice à son rôle de mère : « Clara était une passionnée, cuirassée par le devoir. Veuve, elle veilla à l’étude de ses enfants, elle n’éprouva pas le besoin de les materner ».

Portrait 3D de Clara Schumann par Hadi Karimi

Jeremy Merzisen

 

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