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Banc d'essai : LES AMPLIFICATEURS DE L'ANNÉE


octobre 2013 - par PHILIPPE VENTURINI - Article paru dans le N°156 de Classica


Que la musique descende d'un nuage, qu'elle transite par un smartphone ou qu'elle s'extraie des alvéoles d'un disque compact, elle a besoin d'un amplificateur pour activer les haut-parleurs et se faire entendre. À chacun de trouver le plus adapté à son budget et à son système sans se soucier de la puissance.

Nous l'avons déjà écrit, mais n'hésitons pas à le répéter : la puissance d'un amplificateur ne peut aider à faire son choix. À moins de disposer d'enceintes particulièrement gourmandes en courant et donc à faible rendement ou de devoir sonoriser un volume hors normes, le nombre de watts ne pourra pas garantir la qualité de l'écoute.
Dans l'absolu, on sait néanmoins qu'un modèle plus puissant qu'un autre devrait mieux maîtriser les mouvements des haut-parleurs et donc assurer une restitution plus rigoureuse des basses. Plus que sa mesure, c'est la couleur et le tempérament de l'amplificateur qu'il faut pouvoir cerner. Est-il plutôt clair ou plutôt sombre ? Plutôt nerveux ou, au contraire, plutôt tranquille ? Cette appréciation permettra non seulement de se décider selon ses préférences mais surtout d'accorder au mieux l'électronique aux enceintes. Un amplificateur brillant associé à des enceintes claires risque fort de vous détourner d'une musique vite fatigante car trop accentuée dans le registre aigu. À l'opposé, un modèle très rond branché à des enceintes peu définies donnera l'impression d'écouter toujours la même sonorité voilée à travers d'épais rideaux. Ces caractères, seule l'écoute permettra de les déterminer.
Le prix orientera aussi très activement les recherches. Il dépend autant d'une réalité financière (de quel budget dispose-t-on ?) que d'une logique d'ensemble. Il faut en effet adapter le prix de l'amplificateur à celui des autres éléments, notamment celui des enceintes. S'il est certain qu'une petite paire d'enceintes à 500 euros donnera le meilleur d'elle-même en collaborant avec un appareil haut de gamme à 5 000 euros, un amplificateur de 200 euros ne pourra pas tirer la quintessence d'enceintes onéreuses. Question de simple bon sens plus que de théorie.
Au prix et à la qualité musicale s'ajoutent de nouveaux critères imposés par la musique dite dématérialisée. Pouvoir brancher un lecteur de CD, parfois considéré comme obsolète, ou une platine tourne-disques, malgré le regain d'intérêt dont bénéficie cet objet, ne suffit plus toujours. Certains mélomanes veulent pouvoir également faire converger vers le système hi-fi leur ordinateur ou leur smartphone sans acquérir un convertisseur externe. C'est pourquoi certains appareils, comme l'Advance Acoustic, intègrent un circuit de conversion, ou la technologie Bluetooth comme le BC Acoustique. Les possibilités restent donc nombreuses, même si, avec ou sans entrée pour phono ou smartphone, c'est l'écoute qui doit encore avoir le dernier mot.

 

BC Acoustique EX-222

Le constructeur français élargit sa gamme d'amplificateurs et de lecteurs à prix attractifs. Il n'y a en effet aucune raison de réserver la haute-fidélité à un marché de luxe. Si la finition n'appelle aucun commentaire, à part un châssis en tôle un peu légère, la construction semble sérieusement pensée et organisée autour de deux gros transformateurs toriques. D'un côté les contrôles de balance et de tonalité, de l'autre les sélecteurs d'entrées. On y remarque une touche Bluetooth : il est en effet facile d'apparier un appareil, ordinateur ou smartphone, disposant de cette technologie.

Écoute

Reconnaissons d'emblée avoir été particulièrement séduit par ce modèle qui offre des timbres et une image stéréophonique d'une richesse rare pour un appareil à prix modique. Non seulement le bas du spectre affirme sa solidité et sa densité (cordes graves, percussions) mais l'aigu se montre en outre d'un raffinement singulier. L'écoute d'un quatuor à cordes ou d'un clavecin dispense ainsi un vrai plaisir, bien loin des duretés métalliques et des froideurs électroniques dont se satisfont la plupart de ses concurrents. Beaucoup d'air, d'espace et de nuances : voilà un amplificateur qui fait vraiment vivre la musique. Un gros coup de cœur.

Prix : 329 €
Pour : l'évidence musicale, la limpidité polyphonique et la plénitude harmonique
Contre : finition bon marché

 

Rotel RA-10

Le benjamin des amplificateurs de la série 12. Il ne garde pas le port USB en façade, l'afficheur, ni les entrées numériques des RA-11 et RA-12 et ressemble ainsi à un modèle traditionnel du constructeur japonais : d'un côté les réglages, de l'autre les sélecteurs de sources. Apparaissent cependant une entrée pour baladeur et une sortie casque, toutes deux accessibles par une minifiche Jack. L'alimentation électrique est assurée par un gros transformateur toroïdal.

Écoute

Si le dessin ne laisse aucun doute sur l'origine de cet amplificateur, sa sonorité reste également conforme au credo de la marque. Elle offre ainsi de la précision, des nuances et de la dynamique déployée sur une large échelle. Fidèle à sa réputation, Rotel se garde bien d'enrober le son dans une moelleuse étoffe colorée ou d'en dissimuler les imperfections derrière un voile. La sonorité reste au contraire nette, franche, détaillée et diffusée dans un vaste espace. Aussi, d'un enregistrement à l'autre, l'écoute varie-t-elle sensiblement et révèle l'acoustique de chaque salle. À cette objectivité vigoureuse qui a fait la réputation de Rotel, le RA-10 ajoute une densité dans le registre médium qui rend la restitution très réaliste.

Prix : 425 €
Pour : de l'espace, de la dynamique, des détails
Contre : très léger manque de soyeux dans l'aigu

 

Advance Acoustic X-i60

Le X-i60 intègre un convertisseur à quatre entrées : deux coaxiales, optique et USB B pour ordinateur Mac et PC. Il est en outre possible de connecter une clef via un port USB A et de désolidariser les sections préamplificatrice et amplificatrice ("Pre Out" et "Amp Out").

Écoute

On pourra certes regretter un certain manque de soyeux dans le registre supérieur, que révèlent sans peine un pianoforte ou les violons de l'Orchestre philharmonique de Vienne. Il faudra donc réserver cet amplificateur à des enceintes douces pour profiter en toute quiétude d'une lisibilité supérieure des plans sonores, d'une dynamique conquérante et d'une large perspective sonore.

Prix : 390 €
Pour : de la netteté, de la lisibilité, de la vie
Contre : un aigu qui pourrait être plus raffiné

 

Moon Néo 250i

Dans sa nouvelle série Néo qui réunit un convertisseur et des amplificateurs, Moon veut intégrer des innovations technologiques de la ligne Evolution tout en limitant le prix des appareils. Situé entre le 220i et le 340i, le 250i se présente sous les traits épurés qui sont la signature du constructeur canadien. Un gros potentiomètre de volume retient l'attention tandis que de petites touches métalliques gèrent la sélection des sources, la coupure du signal ("Mute") et la mise hors-circuit des enceintes. S'y ajoutent une sortie casque et une entrée par minifiche Jack pour un baladeur. À l'intérieur trône un imposant transformateur de 320 VA et officient quatre transistors bipolaires conçus par le fabricant, censés améliorer la restitution du grave et des détails. Un fonctionnement en classe A jusqu'à 5 W assure théoriquement une écoute raffinée.

Écoute

Si Moon a renouvelé la ligne de ses produits, il en a heureusement conservé l'objectivité musicale. Aussi ne faut-il pas choisir le Néo 250i pour impressionner son entourage par des basses ronflantes ou un médium trop beau pour être vrai. Les œillades complices et les sourires faciles ne sont pas le fort de cet amplificateur. On pourrait même lui reprocher une sévérité parfois excessive, un maintien toujours contrôlé. C'est que le 250i semble s'être fait une règle d'or de ne rien ajouter au signal original. Aussi les musiciens ne semblent-ils jamais jouer derrière un voile électronique ni être enfermés dans la boîte de l'enceinte. La musique rayonne sans peine et se projette naturellement dans la salle d'écoute tout en conservant une organisation spatiale minutieuse. Les polyphonies orchestrales les plus touffues ne sombrent jamais dans un obscur désordre et les plus subtiles gradations dynamiques, celles qui donnent vie à une interprétation, s'entendent sans effort. La grande classe.

Prix : 1 850 €
Pour : une restitution d'une rare élégance, sans esbroufe
Contre : un très léger manque de magie ?

 

Rega Elicit-R

Ce modèle, qui fut une réussite marquante de Rega, a connu plusieurs versions depuis son lancement en 1990. Après le Brio-R, il se présente également sous le nom d'Elicit-R : "R" comme "Remote" c'est-à-dire télécommande. Rega a donc décidé de se préoccuper du confort des utilisateurs à défaut de flatter leurs yeux. La ligne de l'appareil est en effet un rien banale comparée à la concurrence. Mais on sait depuis longtemps que Rega ne cherche pas à se singulariser dans ce domaine. Son nouvel amplificateur reste d'une désarmante simplicité d'utilisation. Ne restent en effet en façade qu'un potentiomètre, un sélecteur d'entrées, une touche pour couper le signal ("Mute"), utiliser l'entrée "directe" (détournée du préamplificateur) et le contrôle de l'enregistrement. Le réglage du volume s'effectue par paliers d'un décibel en quatre-vingts étapes et se suit sur une couronne de vingt diodes rouges à trois niveaux d'intensité lumineuse.

Écoute

À défaut d'accrocher le regard, l'Elicit-R retient l'attention. Il se distingue en effet par la générosité avec laquelle il offre la musique, comme s'il voulait valoriser le travail des musiciens. Il ne s'agit pas pour autant d'épaissir le trait, d'accentuer les effets ni de saturer artificiellement les couleurs. Cet amplificateur donne pourtant l'impression de faire entendre plus de musique que la moyenne des amplificateurs. Cela se traduit notamment par un registre médium d'une densité étonnante et d'un réalisme troublant : on croit voir le bois qui fait résonner les cordes des instruments à archet. Mais heureusement, l'Elicit-R sait très bien gérer cette matière sonore qu'il distribue en trois dimensions et anime d'une énergie continue. Si l'aigu du piano n'agresse pas, les marteaux ne sont pas émoussés pour autant et répondent au doigt et à l'œil. Du grain, du relief, de la vie, des couleurs, de la volupté : on félicite l'Elicit.

Prix : 2 195 €
Pour : il suffit d'écouter pour comprendre
Contre : rien

 

Denon PMA-2020AE

Même s'il s'est diversifié vers l'audio-vidéo, les minichaînes et les stations pour smartphones, Denon n'a jamais abandonné la haute-fidélité et continue à régulièrement proposer des lecteurs, CD ou réseau, et des amplificateurs. Le PMA-2020AE se situe au sommet d'une gamme d'appareils stéréophoniques traditionnels. C'est en effet le modèle le plus lourd, le plus imposant et le plus onéreux. La façade garde néanmoins une rassurante sobriété : un gros potentiomètre, un sélecteur rotatif d'entrées, les correcteurs de tonalité et de balance auxquels se joignent deux touches pour les entrées "directes". L'une permet d'accéder directement à l'amplificateur de puissance. Une construction organisée en double circuit monophonique, une alimentation signalée par un circuit de diodes Schottky et un châssis en six sections indépendantes participent à une recherche qualitative manifeste.

Écoute

Inexpugnable. Cet amplificateur semble pouvoir résister aux attaques orchestrales les plus violentes, aux déluges de percussions et aux rafales de piano sans s'inquiéter. Le registre grave reste en effet d'une parfaite stabilité, même s'il se déploie sur une large plage de fréquences. Il peut en effet atteindre des profondeurs abyssales sans se perdre dans des eaux troubles et suivre sa ligne directrice. Et quand le message se complexifie, quand les instruments s'additionnent, quand la température monte, le PMA- 2020AE garde la tête froide : la restitution reste d'une parfaite lisibilité. Mais il ne faudrait pas le confondre avec un bulldozer électronique tout juste bon à remuer des tonnes de décibels. Dans un dialogue entre deux instruments, il sait très bien préserver le caractère de chacun, en valoriser les couleurs (médium peut-être un peu mat) et les faire s'épanouir dans un espace toujours aéré.

Prix : 2 490 €
Pour : la vigueur, la limpidité, la précision, l'espace
Contre : légèreté matité du médium

 

Naim NAP 100 + DAC-V1

Comme si elle effectuait un retour vers un glorieux passé, la série Classic propose deux nouveaux appareils de format compact (on pense évidemment au fameux Nait). Le DAC-V1 réunit les fonctions de convertisseur et de préamplificateur tandis que le NAP 100 travaille comme amplificateur de puissance. Fidèle à sa tradition, Naim conserve une esthétique très sobre et une finition noire. Si le second appareil ne laisse rien voir, le premier réunit six petites touches, un potentiomètre de volume au-dessus de la sortie casque et un afficheur très lisible à gros caractères verts. La face arrière distribue les nombreuses entrées et sorties numériques et la double sortie analogique, RCA et DIN, destinée à l'amplificateur. Le niveau de cette dernière peut être fixe ou modulable par le potentiomètre. On peut regretter que le constructeur n'ait pas ajouté une ou deux entrées analogiques. Le NAP 100 ne présente sur sa face arrière qu'une double entrée (DIN et RCA) et les sorties enceintes.

Écoute

Nous avions déjà présenté et apprécié le DAC-V1 seul. Associé au NAP 100, il forme un ensemble d'une musicalité souveraine où le raffinement des timbres le dispute au naturel de la respiration musicale. Ce duo ne cherche pas la facilité ni la séduction immédiate : pas de basses tonitruantes ni d'aigu éclatant. En revanche, un juste équilibre tonal permet de déceler instantanément les qualités et défauts d'une prise de son. Comme il n'y a pas de couleur électronique imposée, chaque musique dispose de ses caractéristiques propres et évolue dans un environnement clairement établi et dessiné avec soin. Conforme aux critères esthétiques du constructeur, cet ensemble considère la dynamique comme un des éléments essentiels de la musique et il se plaît à la graduer sur une échelle très subtile, ce qui n'interdit pas les brusques écarts. On s'en doute, l'ennui et la grisaille n'appartiennent pas à l'univers Naim.

Prix : 2 500 € l'ensemble
Pour : des timbres splendides, une image stéréophonique large, des nuances
Contre : un très léger manque de plénitude dans l'extrême grave

 

Audiofédération PPRCA

Après une tablette antivibrations Magic Board (450 euros), le jeune constructeur français Audiofédération présente un préamplificateur passif. Passif signifie qu'il n'intervient pas sur le signal musical : il l'achemine vers l'amplificateur sans le modifier. Le PP existe en deux versions : asymétrique, équipée de fiches RCA (modèle écouté), et symétrique, dotée de bornes XLR et d'un inverseur de phase. Chaque appareil est "manufacturé dans le plus pur respect de l'artisanat de qualité aux Pays-Bas", indique la notice. Le PP offre six entrées, une boucle de "monitoring" (contrôle de l'enregistrement) et une double sortie : il peut ainsi piloter deux amplificateurs stéréophoniques (ou quatre monophoniques) de puissance. Il permet l'extinction de l'afficheur pour ne pas perturber le son et le réglage de la balance. La finition se montre vraiment exemplaire.

Écoute

Cet appareil n'est certainement pas de ceux qui ensevelissent l'auditeur sous des tombereaux de basses ou l'éblouissent par des aigus découpés au laser. En revanche, l'Audiofédération PPRCA connaît la musique sur le bout des circuits imprimés. Aussi restitue-t-il les timbres avec une rare justesse : jamais le clavecin ne ferraille, jamais le violon ne grince, jamais les cuivres n'évoquent une ferblanterie de bazar. Ces sonorités aux couleurs si naturelles évoluent dans un espace en trois dimensions (belle profondeur de champ) et sur une très fine échelle dynamique. Les nuances les plus ténues sont ainsi parfaitement reproduites et permettent d'apprécier les moindres subtilités d'une interprétation. Nul doute que ce préamplificateur sans colorant devrait fédérer les mélomanes exigeants.

Prix : 3 400 € (4 800 € en version symétrique avec prises XLR)
Pour : l'étonnant naturel des timbres, la dynamique à la fois large et finement graduée
Contre : rien

 

Ampli Gato AMP-150

Compagnon tout désigné du lecteur CDD-1 présenté le mois dernier, cet amplificateur en partage la même finition luxueuse et la même sobriété esthétique. Ne restent en effet en façade qu'un gros potentiomètre de volume, un sélecteur rotatif d'entrées et un afficheur en forme de disque. Apparaissent sur sa blanche surface des dessins originaux indiquant la source choisie, le préchauffage de l'appareil afin d'obtenir rapidement des performances optimales, tandis que l'aiguille précise le niveau du volume. S'y ajoutent un bouton pour le préchauffage et pour la coupure instantanée du signal ("Mute"). Il est possible de passer outre le circuit de préamplification et de brancher directement un appareil sur la section amplificatrice. À l'arrière se remarquent un jeu de fiches XLR pour une entrée ainsi qu'une sortie analogique.

Écoute

Qu'on se rassure, les têtes pensantes de Gato n'ont pas concentré tous leurs efforts sur le seul dessin de leurs produits : ils ont aussi songé à les écouter. Aussi ceux qui craignent une restitution musicale démonstrative, voire aguicheuse, peuvent-ils s'approcher sans crainte. L'AMP-150 n'est pas un amplificateur qui fait de l'effet ou qui stupéfie son auditoire par des sonorités inouïes. Il se montre au contraire d'une sagesse étonnante, comme s'il voulait s'effacer derrière la musique. L'aigu est ainsi exemplaire de justesse et de véracité, jamais brillant et encore moins acidulé : il s'intègre parfaitement au reste du spectre et permet d'apprécier la sonorité soyeuse d'un beau violon confié à des mains expertes. De même, le piano n'étincelle pas et les voix n'accentuent pas les sifflantes. Une image stéréophonique très bien structurée permet de clairement distinguer les plans sonores et une large échelle de nuances participe à la restitution naturelle de la musique. Fuyant les édulcorants de synthèse et autres exhausteurs de goût, ce Gato peut se dévorer tout entier sans risque d'indigestion.

Prix : 5 990 €
Pour : l'apparence et le naturel musical
Contre : le prix ?

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